Francis Bacon

(1909, Dublin – 1992, Madrid)
Peintre britannique. Fils d’un entraîneur de chevaux, il s’installe à Londres en 1925 et y fait du mobilier Art Déco. Autodidacte pour l’essentiel, c’est à Paris (où il est marqué par une exposition de Picasso et par Un chien andalou de Buñuel), puis à Berlin, qu’il réalise en 1927-1928 ses premières aquarelles; il se met ensuite à la peinture à l’huile. En 1934 a lieu sa première exposition personnelle (Transition Gallery, Londres), tandis que H. Read reproduit dans Art Now trois Crucifixions de 1933. Mais Bacon arrête alors de peindre pendant dix ans. Aux côtés de Moore, Hodgkin et Mathew Smith, il montre en 1945 Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion, et commence en 1949 une série à partir du Pape Innocent X de Velásquez. Dès lors, ses expositions vont se succéder dans le monde entier; il est présent à la Biennale de Venise en 1952 et à la Documenta de Cassel en 1959. Affirmant périodiquement son hostilité à l’égard de l’abstraction où il ne voit que décoration, il bénéficie d’une notoriété qui ne cesse de croître, jusqu’à faire de lui l’un des « monstres sacrés » du demi-siècle, tant pour le marché de l’art que pour les amateurs de légendes rameutant alcool et fortune, jeu et marginalité dorée. Bacon a détruit presque toutes ses œuvres de jeunesse, mais son style singulier s’affirme dès les années cinquante. Travaillant à partir d’œuvres de Rembrandt, Grünewald, Picasso, Velásquez ou Van Gogh, de films d’Eisenstein, de photographies de Muybridge, d’ouvrages médicaux et de journaux, il réalise des retables profanes et des triptyques évoquant, avec un mélange unique de brutale lucidité et de tendresse, un univers de drogués, d’homosexuels, de sphinx et de chiens – peintures où le thème de la crucifixion rejoint celui de la situation torturée de l’homme contemporain. Pour créer un espace austère, éclairé par une ampoule nue, il utilise des cadrages inhabituels et isole ses personnages dans des lignes de perspective qui sont aussi des cages, ou les surélève de façon à « effacer tout contexte sentimental ». Dans les années soixante-dix, l’espace commence à s’ouvrir et à se ponctuer de flèches. Puis la couleur devient de plus en plus maîtrisée et brillante, avec une exploitation étonnante des roses et des oranges sur l’envers rugueux de la toile, que Bacon utilise de préférence. Il peint rapidement, sans dessin préalable, et ce sens du risque se devine dans le tableau achevé, qui ne supporte ni remords ni correction : si le pinceau efface les traits d’un visage, ce n’est pas pour les reprendre, mais pour en révéler comme l’envers, ou la mort au travail. Les corps, tronqués, agressés, soumis à des torsions qui visent à en exhiber l’intimité charnelle dans sa densité la plus forte, n’ont pas d’autre sens que l’évocation obstinée d’une réalité dont l’intensité ou la cruauté constitue comme un défi permanent : « Je ne veux rien dire avec la peinture, affirme Bacon, et surtout pas faire de discours moralisateur. Il s’agit vraiment pour moi de dresser un piège au moyen duquel je peux saisir un fait à son point le plus vivant ».

Francis Bacon