Hans Bellmer

(1902, Katowice, Silésie – 1975, Paris)
Peintre, dessinateur, photographe et graveur d’origine allemande. Après une enfance rêveuse, il travaille dans une mine, puis apprend le dessin technique. Mais il se lie aussi à G. Grosz, et illustre quelques livres. En 1927, il se marie et monte avec son épouse une petite agence de dessins publicitaires, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours fasciné par Altdorfer ou Grünewald. Il semble que ce soit après avoir assisté à une représentation d’un Conte d’Hoffmann présentant la poupée Coppelia qu’il se lance dans la construction d’une Poupée, qu’il perfectionne jusqu’à ce que de multiples jointures à boules permettent de lui imposer les postures les plus outrées. Bellmer en réalise une série de photographies où se déclinent, dans un mélange d’innocence et de perversité, ses potentialités érotiques, et les publie, au grand émoi des surréalistes, dans Minotaure (1935, no 6). En 1938, il quitte Berlin pour Paris après la mort de sa femme, et c’est en France, malgré la pauvreté et les épreuves (un second mariage raté, la schizophrénie et le suicide de sa compagne Unica Zürn) que son œuvre atteint sa plénitude. Après une seconde série de photographies de la Poupée, Bellmer se consacre au dessin et à la gravure : sa virtuosité lui permet d’élaborer une figuration des fantasmes les plus excessifs, d’une précision à la fois fascinante et inquiétante. Les corps transparents révèlent une intimité organique dont les variantes cernent un inconscient physique capable de métamorphoser jusqu’au décor où s’inscrivent les anatomies, et d’y faire surgir les preuves d’un désir qui, par-delà les postures où s’affirme l’extrême crudité de la chair, vise son accomplissement dans la mort. Illustrateur de Sade et de Bataille, Bellmer aurait pu adopter la définition de l’érotisme comme « approbation de la vie jusque dans la mort ». Grand amateur d’anagrammes, il énonce dans sa Petite Anatomie de l’inconscient physique (1957) ce qui justifie les traitements infligés au corps, « comparable à une phrase qui nous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d’anagrammes sans fin, ses contenus véritables ».

La Poupée, Hans Bellmer, 1935-1936
La Poupée, Hans Bellmer, 1935-1936, objet articulé (avec éléments de 1933-1934), additions et réfections en 1945 et 1970-1971, bois peint, papier mâché collé peint, cheveux, chaussures, chaussettes, 61x170x51 cm, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris.