Christian Boltanski

Boltanski Christian (1944, Paris)
Artiste français. Autodidacte, il renonce très tôt à sa pratique initiale de la peinture – inspirée par les illustrations des livres d’école – pour reconstituer, entre 1969 et 1971, des moments de son enfance, par des photographies où il joue son propre rôle et par la fabrication d’objets en plastiline, évoquant jouets et vêtements. Parallèlement, il publie des opuscules, dont la reconstitution d’un accident qui ne m’est pas encore arrivé et où j’ai trouvé la mort (1969). En 1971, il se définit comme « un peintre d’avant-garde » qui « présente des reliques impersonnelles dans de grandes expositions internationales. Il les appelle ses travaux. Il pense encore à son enfance », ce que confirment ces morceaux de sucre taillés et les saynètes comiques où il se photographie devant des décors grossièrement peints. Mais c’est aussi parce que « toutes les enfances ressemblent à la sienne » que, en plus de son passé rejoué, il s’intéresse à celui des autres, photographiant les 62 membres du Club Mickey en 1955 et exposant les Habits de François C. à la Biennale de Venise. En 1973, il propose à 62 conservateurs de musée d’exposer la totalité des objets ayant appartenu à une personne : six inventaires sont ainsi réalisés, qui indiquent le double intérêt de Boltanski, pour le passé anonyme et pour la contestation de l’institution muséale. À partir de 1974, il pratique la photographie, prenant pour modèle la photo d’amateur et ses conventions sur le « beau », le « joli », le « touchant ». Aux séries Images modèles (1975), Images stimuli ou Compositions fleuries (1976) succèdent des ensembles plus métaphoriques, comme les Compositions féeriques (1979) ou les Pantins (1981), qui réaffirment un goût pour la fabrication de figurines fragiles, bricolées de fil de fer et de cartons colorés, également utilisées pour des projections d’ombres où ressurgit un émerveillement enfantin, un sens du féerique obtenu par des moyens dérisoires. En opérant la synthèse de ses préoccupations, Boltanski conçoit alors ses Ombres et Monuments (1986) : présentés dans des cadres grillagés et éclairés par de faibles lampes qui en empêchent la vision complète, des retirages flous de visages d’enfants sont transformés en icones, en même temps qu’ils participent d’un inventaire au sinistre arrière-goût. Des boîtes de biscuits rouillées où s’entassent des archives – collectives ou privées, cela n’importe plus – servent de piédestal, d’étagère, de socle, ou se superposent en colonnes instables (la Réserve des Suisses morts, 1991). Refusant l’emphase, mais non l’émotion, choisissant des matériaux humbles, Boltanski recentre l’art contemporain et cherche à le réconcilier avec le « grand public » : au plus loin de l’esthétisme formel, il s’agit de redire inlassablement la mort au travail dès l’enfance – celle de l’artiste comme de quiconque.

Christian Bolstanski