Christo et Jeanne-Claude

(1935)
Nés le même jour, le 13 juin 1935, Christo et sa femme Jeanne-Claude ont récemment établi que leur double nom devait être invoqué pour certaines de leurs œuvres. Si les dessins préparatoires comme les objets empaquetés restent attribués à Christo seul, tous les objets réalisés (et donc les photographies de leur réalisation) sont signés Christo et Jeanne-Claude. Cette décision s’est appliquée en 1995 à l’historique empaquetage du Reichstag à Berlin. Artiste d’origine bulgare, Christo est arrivé à Paris en 1958 après des études à Sofia. Il produit alors quelques toiles abstraites (sortes de monochromes griffés et balafrés) et effectue ses premiers empaquetages d’objets (bouteilles, chaises, revues) ou de modèles vivants. En 1961, il conçoit pour la première fois d’empaqueter un édifice public. L’année suivante, Christo et Jeanne-Claude empilent 204 barils d’essence : cette accumulation bloque la rue Visconti, à Paris, en signe de protestation contre le mur de Berlin. Christo côtoie alors le nouveau réalisme. Il s’installe à New York en 1964. Parmi les grands projets que Christo et Jeanne-Claude ont commencé à réaliser, The Wrapped Coast (1969), côte rocheuse australienne empaquetée d’un tissu bis ; Valley Curtain of Colorado (1972), grand rideau orange qui coupe en deux une vallée ; Running Fence (1976), où c’est tout un paysage qui se trouve modifié ; Wrapped Walk Ways (1978), allées d’un parc tapissées de safran ; Surrounded Islands (1983), onze îles encerclées, au cœur de Miami, de corolles roses flottant sur l’eau de la baie. Ce sont ensuite l’empaquetage du Pont Neuf à Paris (1985), ou l’installation de milliers de parasols jaunes aux États-Unis, bleus au Japon, de part et d’autre du Pacifique (The Umbrellas, Japan-USA, 1991). Dans ces réalisations gigantesques, on peut énumérer les aspects techniques : le Valley Curtain de 1972 nécessite par exemple 18 500 m2 de nylon polyamide, 55 tonnes de câbles d’acier et 800 tonnes de béton… mais cette démesure est au service d’une vision poétique : Christo et Jeanne-Claude drapent, colorent, métamorphosent sites ou constructions, soulignant des formes, révélant ce à quoi on reste ordinairement inattentif en en modifiant les apparences, suggérant un rapport différent à l’espace. Leur vision ne se sépare pas d’une réflexion sur les conditions de réalisation d’œuvres comparables à de « grands travaux », et nécessitant la collaboration d’administrations, d’industriels et d’une nombreuse main d’œuvre. Ce gigantisme aboutit à des œuvres volontairement éphémères : il n’en reste que des photos ou des films – et les dessins et projets préparatoires dont la vente permet à Christo et Jeanne-Claude de financer leurs opérations.

Christo avec Wrapped Car (Volkswagen), 1963
Wrapped Car (Volkswagen), photo de Charles Wilp, 1963
http://www.christojeanneclaude.net