Jean Fautrier

(1898, Paris – 1964, Châtenay-Malabry)
Peintre français. Après une formation précoce à Londres, il revient à Paris en 1917. Il rencontre Jeanne Castel, son soutien durable, en 1921 et peint ses premiers tableaux significatifs, d’un réalisme social parent de la Neue Sachlichkeit allemande (Portrait de ma concierge, 1922-1923, musée de Tourcoing). Cette réaction anti-cubiste se prolonge à travers portraits et nus naturalistes, d’une sensualité brutale et d’un chromatisme sombre marqué par Derain. La période noire (1926-1927) offre des solutions formelles originales : éclat trouble de grandes natures mortes, d’une matière animée d’un dessin gravé (Sanglier écorché, 1927, MNAM, Paris), paysages hallucinés (où le travail du blanc marque un souvenir de Turner) et nus noirs, relevés de gris, d’ocres et de rouilles qui entraînent l’œuvre vers une expression très allusive. La production des années suivantes, plus claire et longtemps méconnue, anticipe, par sa figuration réduite à l’ébauche, l’art informel dont Fautrier est un incontestable précurseur : en 1929-1930, délaissant l’huile, il expérimente un procédé « matiériste » – papier marouflé recouvert d’un enduit épais de matériaux hétérogènes. Après une longue retraite dans les Alpes, c’est par cette technique complexe que Fautrier renoue avec la peinture. La série des Otages (1943, exposée en 1945) qui évoque dans un mélange d’horreur et de séduction les corps de prisonniers massacrés par les nazis, assure la réintrusion de cette expression hautaine dans l’actualité artistique. Les Objets (1946-1955), les grands Nus (1956) et les Têtes de Partisans (1956-1957) en constituent les prolongements majeurs. L’image surgit de la matière même de la peinture, à la fois opaque et transparente, dans des tons (mauves, roses, verts pâles) dont la douceur contraste étrangement avec la violence de l’œuvre. S’y ajoutent de nombreuses sculptures (dès 1928), l’exercice constant du dessin et un important œuvre gravé, illustrant Bataille, Ponge ou Paulhan.

Jean Fautrier