Edward Hopper

(1882, Nyack – 1967, New York)
Peintre américain, probablement le plus important avant l’expressionnisme abstrait. Élève de Robert Henri entre 1900 et 1906, il est encore un réaliste classique lorsqu’il expose en 1913 à l’Armory Show. Quelques voyages ultérieurs à Paris, où il copie Manet ou Millet et peint des bords de Seine, ne semblent pas l’avoir notablement influencé. À la différence de ses contemporains réalistes, dont le style emprunte volontiers à la peinture traditionnelle ou même académique, notamment européenne, Hopper entend libérer son travail de toute influence. Sa carrière est linéaire, à l’exception d’une interruption de dix ans, pendant lesquels il gagne sa vie comme illustrateur. Hopper exprime dans ses toiles la vacuité de l’homme contemporain, le caractère anonyme de la ville moderne, l’indifférence entre les êtres – mais ces thèmes l’intéressent moins pour leur éventuelle résonance sociale que comme des prétextes à structurer le tableau, lui-même conçu comme pure étendue, dénuée d’arrière-fond et livrée au jeu souvent audacieux – également évident dans ses remarquables aquarelles – des harmonies colorées et de la lumière. Tous les détails de la scène sont livrés avec une même intensité comme si rien ne devait ou ne pouvait échapper au regard, alors même que c’est le sens à lui attribuer qui demeure indécidable (ainsi, la femme qui se déshabille de dos dans Night Windows est-elle célibataire, mariée, prostituée?). Passionné de cinéma, Hopper utilise souvent dans ses œuvres, qu’il prépare en général par de nombreux dessins, des cadrages inhabituels. Le réalisme se transforme chez lui en une mise en cause du lien habituel entre regard et signification : Hopper donne à voir non pas un fragment de narration possible, saisi entre un avant et un après, mais un dispositif dont se trouve évacuée toute action, comme si la peinture pouvait isoler du temps êtres et choses – ce qui confère à son travail une portée métaphysique, et une rare puissance de suggestion à propos du désir, de la mort, de la présence et de son envers. Ces tableaux laconiques aux personnages figés épurent le motif pour le transformer en archétype : la banalité du quotidien américain, peint au cours des nombreux voyages que Hopper effectue à travers les États-Unis, accède ainsi, sans doute pour la première fois dans l’histoire de l’art américain, au rang de symptôme universel, et House by the Railroad (1925, Museum of Modern Art, New York) devient l’image même d’une Amérique à la fois réelle et mythique.

Edward Hopper