Jasper Johns

(1930, Augusta, Géorgie)
Peintre, sculpteur, dessinateur et graveur américain. Sa démarche personnelle et rigoureuse lui assure une place à part dans l’art contemporain. Après de brèves études à l’université de Caroline du Sud puis à New York (1947-1949) et deux ans de service militaire, il s’installe à New York (1952), y fait des vitrines et travaille dans une librairie. Il détruit toutes ses œuvres de jeunesse en 1954, mais dans les années 1955-1958 ses premiers Drapeaux et ses premières Cibles (Flag, White Flag, Target with Four Faces, Target with Plaster Casts, Gray Alphabets, Gray Numbers) opèrent un retour apparent de la figuration en plein expressionnisme abstrait. Le scandale de sa première exposition personnelle chez Castelli en 1958 (il vend trois tableaux au Museum of Modern Art) lui vaut d’être catalogué néo-dadaïste – comme Rauschenberg, rencontré avec Cage en 1954. Les objets qu’il fixe sur ses toiles (Fool’s House, 1962), ses sculptures de papier mâché ou de bronze soigneusement peintes (Lightbulb I, Flashlight, 1958, Painted Bronze, 1960) font de lui un précurseur du Pop Art. Mais ses peintures d’objets plats aux formes géométriques simples préfigurent par ailleurs l’esprit minimaliste des années soixante, tout en questionnant ironiquement le formalisme et l’ambiguïté de l’art, des signes et des objets – une toile comme Map (1961) se réfère-t-elle à une carte, à une image de carte, à une peinture abstraite ou à un pays ? – et en annonçant son intérêt pour l’illusionnisme et le trompe-l’œil. Jugé froid pour ses contours Hard Edge, il a en fait, par sa maîtrise unique de la matière et des tons chauds et glacés de l’encaustique, l’expressivité retenue d’un artiste qui garde ses distances. Si la référence à Marcel Duchamp persiste (According to What ?, 1964, emprunte le dispositif de Tu m’), la poussée du moi et du corps lui fait « baisser la garde ». Le corps accompagne le motif des dallages, puis, occulté par les recherches formelles des hachures, il refait surface – crâne et sexe – dans les Tantric Details (1980-1981), avant de laisser place aux autocitations dans le bilan-autoportrait des Saisons (1985-1986).


Figure 5 (The Big Five), 1960, peinture à l’encaustique et papier journal collé sur toile, 183 x 137,5 cm, Centre Pompidou