On Kawara

(1932, Kariya – 2014, NY)
Artiste japonais. Autodidacte, il se fait d’abord connaître dans son pays comme partisan d’une figuration grotesque, à la mode à Tokyo dans les années cinquante, et qui lui permet d’exprimer une vision sarcastique et cruelle de la réalité : des corps en morceaux flottent dans l’espace de ses Salles de bains (1953-1954) comme si l’intégrité de l’être humain ne pouvait plus être garantie. Au début des années soixante, son départ pour les États-Unis détermine l’abandon de la peinture, et c’est comme artiste conceptuel que Kawara accède à une notoriété internationale. Son œuvre est en effet consacrée à cerner la notion et les expériences du temps par différentes approches : relevés précis, dans de stricts classeurs, de ses déplacements, de ses rencontres et de ses lectures ; imposants recueils dactylographiés de dates passées ou futures ; envoi quotidien de cartes postales indiquant simplement l’heure de son lever ; télégrammes confirmant laconiquement qu’il est toujours en vie. Toutes ces démarches, dans leur radicale simplicité, soulignent la duplicité d’une temporalité par rapport à laquelle la conscience est alternativement en état de soumission et de maîtrise, selon qu’elle tient compte de repères chronologiques « objectifs » ou que, à l’inverse, elle procède à des manipulations sur les dates et les heures. La même ambiguïté féconde caractérise les Dates Paintings que Kawara produit depuis 1966 : ces toiles monochromes, sur lesquelles ne figure que leur date de fabrication, énoncent aussi bien la plénitude du temps donné que sa fuite irrémédiable. Si l’information livrée par chaque peinture est apparemment minimale, elle suffit à éveiller chez le spectateur, et sans dramatisation, une expérience du passage temporel qui se conjugue à celle de l’artiste.

Installation, On Kawara

AUG.22.1994, On Kawara, 1994
AUG.22.1994, 1994