Roy Lichtenstein

(1923, New York – 1997, New York)
Peintre américain, l’une des figures majeures du Pop Art. En 1961, il a l’idée (en même temps que Warhol) de peindre l’image d’une bande dessinée en l’agrandissant : point de départ d’une série qu’il poursuit jusqu’en 1964. En fait, les peintures se démarquent de l’image initiale : Lichtenstein exagère et redéfinit les éléments formels issus des contraintes technico-commerciales. Il reprend l’épais trait noir qui cerne grossièrement les figures, les points (« dots ») qui trament les photogravures, les hachures qui indiquent les ombres, les aplats brutaux de couleur – mais tous ces éléments sont soumis à une organisation stricte de la surface. La démarche plastique confine à l’abstraction : le trait est réinterprété à travers la ligne continue du purisme (Léger et Ozenfant, à qui Lichtenstein accorde une grande importance), il est employé pour clarifier l’image, tandis que les  » dots  » l’unifient par leur caractère apparemment mécanique et leur froide régularité. Ces points, « image » de la reproduction mécanique, remplissent un rôle de « pattern » mais, devenant de plus en plus autonomes, ils valent pour eux-mêmes et contrarient ainsi leur fonction première de représentation. Ils ont en outre une dimension ironique, qui devient manifeste lorsque Lichtenstein les utilise pour représenter autre chose que des fragments de bandes dessinées : la série des Brush Strokes, qui parodie la gestualité impulsive de l’expressionnisme abstrait, est à cet égard exemplaire par la façon dont elle propose une représentation minutieuse de coups de pinceau. L’humour, le second degré, la distance, caractérisent ainsi l’œuvre de Lichtenstein, pour qui tout sujet est un élément réflexif. C’est pourquoi, à la différence d’un Warhol inventant sa propre culture, il travaille surtout sur la culture savante, sur l’histoire de l’art. Flirtant parfois avec l’abstraction la plus austère sans jamais quitter l’image, il se joue de tous les codes, fabrique des « frises antiques, des Matisse, des Mondrian, etc. ». Tout artiste s’astreint à être impersonnel, ne serait-ce que pour devenir un artiste : en affirmant la nécessité de la distance sans jamais recourir aux procédés mécaniques, Lichtenstein, dans sa recherche d’impersonnalité, a bien produit sa propre image.

Roy Lichtenstein