El Lissitzky

(1890, Polchinok – 1941, Schodnia)
Artiste soviétique. Son œuvre est profondément ancrée dans deux réalités fort distantes : la tradition de l’écriture hébraïque et son apprentissage de l’architecture à Darmstadt. Ses liens avec Chagall le conduiront d’abord à réaliser une série d’œuvres marquées par la tradition juive, tandis qu’à Moscou et plus tard à Kiev il aura la révélation de l’art non objectif (influence d’Exter en 1918). Mais la véritable transformation de sa vision artistique s’effectue sous l’impulsion de Malevitch. À son arrivée à l’école d’art de Vitebsk à la fin de 1919, Malevitch révèle aux jeunes élèves le suprématisme. Influencé par cette nouvelle vision du monde, Lissitzky essaie d’y apporter la solidité de sa formation architecturale. Dans ses œuvres, les symboles purement plastiques du suprématisme connaîtront une précision volumétrique et seront fixés dans l’imaginaire de la troisième dimension. Il en résulte des « projets de constructions nouvelles » non objectives et planétaires – auxquelles l’artiste attribue le nom de Proun -, considérées par lui-même comme des « stations de passage entre la peinture et l’architecture future ». Quittant dès l’été 1921 la section architecturale de l’Unovis, Lissitzky devient une sorte d’ambassadeur du suprématisme en Europe et en particulier en Allemagne. Installé à Berlin en 1922, il commence avec Ehrenburg la publication de la revue constructiviste l’Objet. Ses contacts avec la Kesstnergesellschaft de Hanovre le conduisent à effectuer un séjour prolongé dans cette ville. De ses rapports amicaux avec Schwitters naît un numéro spécial de la revue Merz consacré à ses œuvres. Bien des années plus tard il réalise au musée de la ville le premier « Cabinet abstrait ». Cet espace d’expositions radicalement nouveau – déjà présenté en 1923 sous la forme d’un « Espace-proun » à la Grosse Berliner Kunstausstellung – constitue le résultat majeur de la conception « proun » de Lissitzky. Ses articles sur le suprématisme paraissent dans différentes revues allemandes et dans De Stijl. Parallèlement à une œuvre plastique qui s’oriente de plus en plus vers un formalisme esthétisant, Lissitzky crée des travaux originaux dans le domaine du montage typographique. En 1923, sa mise en pages du livre Pour la voix de Maiakovski est une révélation pour le milieu berlinois. Il est immédiatement admis comme membre à part entière à la Société Gutenberg. De santé fragile, Lissitzky est obligé de passer de longs mois en convalescence. Il en profite pour s’atteler à la popularisation du nouvel art. S’il échoue sur la traduction allemande des textes théoriques de Malevitch, dont la dimension philosophique dépasse ses capacités, il publie avec Arp un étonnant petit livre, Die Kunstismen (Les Ismes de l’art, 1925), sorte de mini-encyclopédie de l’art moderne. De retour en Russie à la fin des années vingt, il enseigne aux Vhutemas, se consacre à des projets d’architecture et travaille dans le domaine graphique : ses mises en pages de la revue L’URSS en construction constituent un des sommets du photomontage.