Man Ray

(1890, Philadelphie – 1976, Paris)
Artiste américain. Après des études en architecture, il exerce divers métiers avant de s’intéresser à l’art : sa première œuvre est une tapisserie assemblant de simples échantillons de tissus. Dès 1911, il peint sa première toile abstraite, mais au moment de l’Armory Show, il présente des toiles vaguement cubistes. Le « style » l’intéresse moins que le moment même de l’invention et ce qu’il implique d’excitation mentale – et c’est à bon droit qu’il pourra se définir comme « aventurier sédentaire convaincu ». En 1915, il rencontre Stieglitz et commence à pratiquer la photographie ; c’est aussi l’année où il fait la connaissance de Duchamp, et rédige et illustre le numéro unique de The Ridge-field Gazook, sorte de parodie de 291. Trois ans plus tard, il peint au pistolet (aérographie), sans doute pour rapprocher peinture et photographie. En 1920, il est cofondateur, avec Duchamp et K. Dreier, de la Société Anonyme et l’année suivante, c’est encore avec Duchamp – qui reste définitivement son complice – qu’il produit New York Dada, qui suscite d’ailleurs peu d’échos parmi les intellectuels new-yorkais. Quand il arrive à Paris, c’est très logiquement qu’il rencontre les futurs surréalistes. Pour vivre, il fait de la photographie – y pratiquant les approches les plus diverses, des rayogrammes (1922) à la photographie de mode aux plans et éclairages superbement organisés, du nu (notamment de Kiki – dont est célèbre le dos orné d’ouïes de violon – Violon d’Ingres, 1924, ou de M. Oppenheim, les mains couvertes de cambouis derrière un volant d’imprimerie) aux portraits solarisés. Il réalise aussi des films : Le Retour à la raison (1923), Emek Bakia (1926), L’Étoile de mer (1928, sur un scénario de Desnos) et Les Mystères du Château du Dé (1929, tourné dans la villa des Noailles). Parallèlement, il crée des objets : le Cadeau de 1921 (fer à repasser peint en rouge et hérissé de pointes), l’Objet à détruire de 1923 (métronome au balancier orné d’un œil – qui devient, après sa destruction, Objet indestructible), ou peint quand il en a envie : « Pourquoi avais-je peint un tel tableau ? me demandait-on. Simplement parce que je n’étais pas censé le faire » – et produit comme en jouant des toiles capables de s’inscrire durablement dans toutes les mémoires : l’immense paire de lèvres survolant un paysage de À l’heure de l’observatoire. Les amoureux (1932-1934), ou le Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade (1940), dont le visage se confond avec les murailles de la Bastille. Breton avertit les amateurs d’étiquettes : « Il est vain de distinguer dans sa production ce qui est portraits photographiques, photographies dites fâcheusement abstraites et œuvres picturales proprement dites… trois sortes de choses… qui répondent à une même démarche de son esprit. » De 1940 à 1951, Man Ray vit aux États-Unis, continuant ses multiples activités comme il le fera après son retour en France, mais sans jamais exploiter ses découvertes jusqu’à la répétition, sans davantage se soucier d’organiser une « carrière », préférant afficher une aimable nonchalance : « J’ai toujours fait les choses sans effort. J’ai toujours recherché la plus grande économie dans la réalisation des choses, dans la peinture des objets. Le moindre effort possible, pour le plus grand résultat possible, c’est ma règle. »

Man Ray