Martial Raysse

(1936, Golfe-Juan)
Artiste français. Un temps apparenté au nouveau réalisme, ou assimilé au Pop Art, il utilise à partir de 1959 une quantité impressionnante de matériaux et de techniques : plastique, plexiglas, néon, miroir, peinture, lumières artificielles, objets, photographies et photocopies, flocage, découpage, assemblage, report, montage, agrandissement. Sa thématique initiale est essentiellement celle de la mise en scène à la fois douce et froide, distanciée et lyrique, de notre société consumériste, estivale et artificielle, pour laquelle il recrée une Arcadie de convention, mais aussi de séduction, où le mannequin modèle des années soixante tient lieu de Vénus moderne. À travers ses tableaux-objets, compositions éclatées et environnements (Raysse Beach, 1962), il use de la citation, du détournement ou du pastiche pour explorer le simulacre contemporain et proposer une « Hygiène de la vision ». « Je n’ai jamais fait de peinture, dira-t-il plus tard, j’ai toujours travaillé sur des images. À les transformer, à en tirer un nouveau langage. » À partir de 1968, ses Formes (silhouettes d’une tête avec épaules), projetées ou découpées, conjuguent énigme et perte d’identité. C’est alors qu’il abandonne la production picturale pour aborder le cinéma (Camembert extra-doux, 1969, le Grand Départ, 1972), et entreprend de « commencer à vivre ». Montrant à nouveau de la peinture en 1976, il surprend par son changement de style : Loco Bello propose une imagerie de rêve aux teintes suaves et au dessin « puéril », réalisée en papiers froissés sur des formats irréguliers. Cet Eden innocent est suivi de paysages mi-réalistes mi-rêvés où des personnages mythologiques se mêlent à la vie de tous les jours, et de petites peintures montrant un environnement intime (une armoire, un balai dans un coin) sans hausser le ton, comme en accord avec sa modestie. À la fin des années quatre-vingt, Raysse prolonge sa réappropriation de l’Antiquité et des formes qu’elle propose en concevant pour Nîmes une fontaine où se mêlent colonnes et allégories en bronze du Jour et de la Nuit. Les références sont toutefois gauchies par quelques détails : la Nuit porte des sandales de plage et le Portique est en pierre et acier. Si l’artiste s’autorise des emprunts au passé, c’est sans nostalgie, pour le revivifier – parce que l’art lui paraît décidément dérisoire et malgré tout nécessaire.

Life is so complex, Martial Raysse, 1966, plexiglas coloré opaque ou transparent découpé et moulé sur contreplaqué, 150,2 x 250 cm, Musée de Grenoble
Life is so complex, Martial Raysse, 1966, plexiglas coloré opaque ou transparent découpé et moulé sur contreplaqué, 150,2×250 cm, Musée de Grenoble.