Alfred Stieglitz

(1874, Hoboken – 1946, New York)
Photographe et marchand américain. Il est le principal agent de diffusion du modernisme en Amérique au début du siècle. Éditeur de Camera Work et lui-même photographe exceptionnel, il défend le statut de la photographie comme art autonome. En 1908, il ouvre la 291 Gallery (291, 5th Avenue, New York) et y expose la peinture européenne la plus avancée : Matisse en 1908, Picabia en 1913, Severini en 1917. En 1914, il organise la première exposition mondiale de Brancusi, et il monte à New York les premières expositions d’art africain et précolombien (1914 et 1916). Si, parmi les peintres américains, ceux qu’il soutient le plus fidèlement sont les paysagistes (Dove, J. Marin, G. O’Keeffe qu’il épouse en 1924), il montre, dans sa galerie 291 et dans celles qui lui font suite (The Intimate Gallery de 1925 à 1929, puis An American Place) pratiquement tous les artistes qui fondent aux États-Unis un véritable art moderne, s’attirant d’ailleurs l’hostilité d’une bonne partie de la presse et du public. Avec ses amis écrivains L. Mumford, W. Frank et P. Rosenfeld, il est persuadé que la machine doit obéir à l’homme et défend un art spirituel, direct, qui ne s’encombre pas d’élaborations théoriques – ce qui constitue ultérieurement une des constantes de l’art américain.

The Terminal, Alfred Stieglitz, 1892
The Terminal, 1892

The Steerage, Alfred Stieglitz, 1907
The Steerage, 1907

Dans The Steerage, Stieglitz saisit l’entassement des classes populaires sur un paquebot. L’image n’est pas recadrée. Différents éléments du décor, une cheminée, une échelle et une passerelle structurent l’image autour de la tache de lumière que constitue le chapeau rond et blanc de l’un des passagers.
Lorsqu’on lui présente The Steerage en 1914, Picasso constate que Stieglitz « a compris ce qu’est la photographie ».