Bill Viola

(1951, New York)
Vidéaste américain. Après des études à l’Université de Syracuse, il réalise pour la Télévision publique de New York, Channel 13, une série d’expériences (Red Tape, 1974 ; Migration, 1976 ; Four Songs, 1976 ; Memory Surfaces and Mental Prayers, 1977 ; The Reflecting Pool, 1978) explorant les paradoxes de la perception – du temps et de l’espace – occasionnés par des prises de vues circonstancielles (extension de la durée, compression des focales, déstabilisation des points de repère, renversements des échelles, division de la surface par volets et incrustations) dans un environnement familier (maison, piscine, jardin). Puis, c’est au vaste monde qu’il applique ce système d’observation, en traquant les mirages du désert tunisien (Chott-el-Djerid, 1979), les lenteurs immenses du Japon (Hatsu-Yume, 1981) ou les contrastes sonores de la Californie (Anthem, 1983). Sa quête de perceptions rares l’amène à s’intéresser aux états-limites décrits par la science comme par la mystique. Dans ses installations, c’est toujours à travers une contrainte physique exaltant une intense activité intérieure que l’œuvre prend forme. On pénètre dans la prison trop basse d’un saint (Room for Saint John of the Cross, 1983) ; on subit les agressions sonores d’un individu trépané (Reasons for Knocking at an Empty House, 1982 ) ou opéré du coeur (Science of the Heart, 1983) ; on découvre les fulgurations mentales d’un dormeur (The Sleep of Reason, 1988) ; on se faufile dans un couloir fœtal (Passage, 1987) ; on flotte aux frontières de la mort et de la vie (Nantes Tryptich, 1992 ; Heaven and Earth, 1992), de la mort et du sommeil (The Sleepers, 1992), du sommeil et du rêve (Stations, 1994) ; on virevolte au cœur du monde en mouvement et de son incessante et brutale transformation en images (The Stopping Mind, 1992). Depuis 1983, Viola vit à Long Beach, en Californie.

The Raft, Bill Viola, 2004
The Raft, 2004, interprétation vidéo du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault

The Raft (Le Radeau, mai 2004) montre un groupe d’hommes et de femmes de diverses origines ethniques et économiques attendre en ligne. Soudain, ils sont frappés par une vague qui frappe certains, alors que d’autres se préparent et se battent pour leur survie. L’eau gicle partout, les vêtements et les corps sont battus, les visages et les membres sont tordus par le stress et la lutte contre le froid. Puis, aussi soudainement qu’elle arrive, l’eau s’arrête, laissant derrière elle une bande d’individus souffrants, perdus et abattus.

L’action se déroule sur le radeau dans un mouvement extrêmement lent révélant les nuances subtiles de la lumière et la couleur de l’impact explosif de l’eau et les expressions et les gestes des personnages face à l’agression écrasante. Décrit par l’artiste comme « une image de destruction et de survie », cette œuvre puissante et extrêmement mobile est un symbole d’espoir dans les moments difficiles où nous nous trouvons.