Près de 150 000 visiteurs

La troisième édition de Monumenta confiée à l’artiste Christian Boltanski avec Personnes a attiré plus de 149 700 visiteurs ! L’exposition qui se tenait sous la nef du Grand Palais du 13 janvier au 21 février, a réuni plus de 4 000 visiteurs par jour.
Depuis son lancement en 2007, Monumenta qui invite chaque année un artiste contemporain de renommée internationale à investir la nef du Grand Palais, rencontre un succès croissant.
Le sculpteur d’origine indienne Anish Kapoor succédera à Christian Boltanski. Il sera l’invité d’honneur de Monumenta en mai-juin 2011.


Personnes, Christian Boltanski, Grand Palais, Paris, 2010

Suivent deux commentaires concernant l’Histoire des arts enseignée au collège : Personnes, Monumenta 2010, Grand Palais, Paris, Christian Boltanski et 2146 pierres, Monument contre le Racisme (Monument Invisible), 1990-1993, Sarrebrück, Jochen Gerz


Aide-mémoire pour l’épreuve d’Histoire des arts

Monumenta 2010 au Grand Palais – Christian Boltanski
Personnes , vêtements, boîtes en métal rouillé, lampes et néons, poteaux, grue, battements de cœur, température hivernale

Le dispositif plonge le spectateur dans l’œuvre. Tout l’espace du Grand Palais fait partie de l’œuvre. Le son, la température, les matériaux utilisés, la manière de déambuler, autant d’éléments constitutifs d’un projet artistique créé comme une œuvre totale.

À l’entrée, comme pour former un sas, un mur de boîtes métalliques rouillées de biscuits, numérotées sur une face.
Sur toute la longueur de la nef, une deuxième partie constituée de rectangles de vêtements posés à même le sol, pour chaque rectangle quatre poteaux d’angle en acier soutenant en suspension un long tube de néon, allumé de jour comme de nuit. Tous ces rectangles dessinent au sol un plan quadrillé régulier.
Un immense cône, d’une dizaine de mètres de hauteur, tas de vêtements de toutes tailles, de tout genre et de tous âges. Au sommet, une grue actionne un grappin qui de façon répétitive plonge dans le sommet de cet immense tas de vêtements, en pince quelques-uns puis remonte vers le sommet de la verrière pour relâcher les vêtements pris dans sa mâchoire vers le sommet du tas.
Les battements de cœur diffusés par des haut-parleurs, les murmures des spectateurs, le son mécanique de la grue.

Tout cela nous conduit à travers ce mixage de matériaux et de codes symboliques et religieux à penser à la mort, l’aléatoire de la mort, le souvenir de la Shoah entre autres choses…
Les matériaux utilisés ont une multitude de sens. C’est de leur utilisation complémentaire que se construit l’œuvre dans une nouvelle cohérence à la fois plastique et sémantique.
Boltanski questionne notre rapport au souvenir à travers les images archétypales que nous en conservons et donc la notion de stéréotypes de la mémoire collective.


2146 pierres, Monument contre le Racisme (Monument Invisible), 1990-1993, Sarrebrück – Jochen Gerz
La Place du Monument Invisible de Sarrebrück est certainement un des lieux les plus intéressants du point de vue mémoriel ainsi qu’une œuvre d’art à part entière. Cette place est l’œuvre de Jochen Gerz et de ses élèves alors que celui-ci était professeur à l’École des Beaux-Arts de Sarrebrück. Les choses se sont passées comme suit :
Une nuit, un groupe de 8 élèves, simulant une fête sur la place du château de Sarrebrück, ancien siège de la Gestapo pendant la guerre, déterrèrent clandestinement 70 pavés de la place qu’ils remplacèrent par d’autres pavés qu’ils avaient équipés d’une pièce métallique, sur la face cachée, de manière à pouvoir les identifier à l’aide d’un détecteur de métal. Sur les pavés ainsi récupérés furent gravés les noms des cimetières juifs existants avant-guerre qui avaient disparu. La nuit du lendemain, les pavés furent remis en place de manière à ce que le nom des cimetières ne soit pas visible.
Lorsque cet acte de “vandalisme” fut annoncé, un véritable scandale éclata en Allemagne divisant la population. L’œuvre de Gerz fut finalement reconnue et il obtint des crédits pour continuer ce travail et inscrire ainsi sous les pavés les milliers de cimetières juifs détruits ou disparus. Le monument, effectivement invisible, n’existe que dans notre esprit parce que nous en avons connaissance. C’est un monument invisible, intangible et spirituel et met le doigt sur une particularité du lieu de mémoire : quelque soit les traces qui subsistent ou non d’un évènement, la mémoire de ce lieu existe dès qu’une personne au moins se souvient, même s’il ne reste rien. Les monuments, stèles et autres mémoriaux ne sont que des manifestations de cette mémoire, ils ne l’incarnent pas. Ils sont des repères, des aide-mémoires.

Le Monument contre le fascisme de Jochen Gerz à Hamburg-Harburg (Allemagne, 1986) doit également attirer votre attention.
Cette colonne de 12 mètres de haut, recouverte de plomb, recueillait les graffiti des passants, invités à écrire là leurs positions antifascistes. Peu à peu, la colonne était enfoncée dans le sol, afin qu’une surface vierge soit toujours disponible pour recueillir les inscriptions nouvelles. Cela dura sept ans ; à la fin, la colonne, entièrement enfoncée dans le sol, n’est plus visible. Les déclarations anti-fascistes sont désormais invisibles, souterraines, enfouies, disparues, absentes, non représentables. Toute la force des installations in situ de Jochen Gerz.