Die Brücke

Dresde et Berlin, 1905-1913

Communauté d’artistes fondée à Dresde le 7 juin 1905 par quatre jeunes étudiants en architecture : Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff et Bleyl. Pechstein se joint à eux en 1906. La même année, Nolde, qui vient d’exposer à la galerie Arnold, est invité à travailler avec eux quelques mois. Contre le conservatisme de la Sécession, le choix du terme même de Brücke (pont) est significatif : « parce que c’était un mot à double sens, et qui ne désignerait pas un programme précis, mais conduirait dans un certain sens d’une rive à l’autre » (Heckel), en l’occurrence celle de la modernité. Le travail communautaire quotidien de ces autodidactes en peinture contribue largement à la formation d’un style collectif particulièrement représentatif de l’expressionnisme allemand. Agressifs et anti-bourgeois, ils rejettent toutes les écoles et les études. Enfreignant les lois de la représentation, ils rendent leurs sujets au moyen d’une touche rapide, spontanée et d’un dessin simplifié, abandonnant peu à peu les empâtements pour une écriture plus fluide, aux formes anguleuses et aux couleurs pures et dissonantes. Le nu, symbole de l’état paradisiaque initial, est leur motif préféré. Leurs deux premières expositions (1906-1907) n’attirent guère l’attention. Pour diffuser leurs idées et leur art, ils publient désormais annuellement un porte-folio de gravures sur bois. La galerie Arnold leur consacre enfin une grande exposition en 1910. Chacun déménage alors à Berlin et adopte un style plus personnel. Le groupe accepte un nouveau et dernier membre, Otto Mueller. La vie artistique plus intense de Berlin porte ses fruits. Tous collaborent assez rapidement au Sturm et la célèbre galerie d’art moderne Gurlitt leur consacre en 1912 une exposition qui les place à l’avant-scène, suivie d’une exposition à Hambourg. La même année, le groupe participe à la deuxième exposition du Blaue Reiter à Munich. Mais n’ayant plus de style commun, leur cohésion s’effrite peu à peu et lorsqu’en 1913 le groupe refuse le texte de Kirchner Chronik der Brücke qui en fait l’historique, la dissolution est inévitable.

Fritz Bleyl, Erich Heckel, Ernst Ludwig Kirchner, Otto Mueller, Emil Nolde, Max Pechstein, Karl Schmidt-Rottluff.