Fauvisme

France, 1903-1908

Au Salon des Indépendants de 1905, dans la salle où exposent Matisse, Marquet, Manguin, Camoin, Puy, Derain, Vlaminck, Friesz, Dufy et Van Dongen, le critique Camille Mauclair s’exclame : « On a jeté un pot de couleurs à la figure du public ». Fondé en effet sur l’exaltation provocante de la couleur pure, le fauvisme n’est pas un mouvement à théorie et manifestes : c’est la conjonction très brève d’individus venus d’horizons différents qui pour un moment découvrent, presque par hasard, leur volonté commune d’en finir avec l’art officiel et les séquelles de l’impressionnisme. Autour de Matisse, l’animateur, se rejoignent trois groupes : l’un qui provient, comme Matisse lui-même, de l’atelier de Gustave Moreau (Marquet, Manguin, Camoin, Puy), un autre composé de Derain et Vlaminck et le troisième, dernier venu, celui des Havrais, Friesz, Braque, Dufy. Tous vouent une grande admiration à Van Gogh et à Gauguin.
La construction de l’espace par le seul effet de la couleur, les aplats sans modelé ni clair-obscur, la simplification du dessin en larges cernes sombres, l’utilisation des tons – où dominent le rouge et le vert – sans référence illusionniste, tel est leur langage complètement nouveau, dont le retentissement s’étend bien au-delà de Paris, jusqu’à la Brücke et à Kandinsky.

Georges Braque, André Derain, Raoul Dufy, Henri Matisse, Maurice De Vlaminck.
*L’Estaque, route tournante (détail), André Derain, 1906