Futurisme

Italie, 1909-1915

C’est en janvier 1909 que le poète Marinetti lance le Manifeste de Fondation du futurisme en proclamant le rejet du passé et l’avènement d’une esthétique nouvelle qui convienne au monde de la vitesse, des machines et à la ville moderne. Adressé depuis Milan à la presse internationale, le manifeste est publié le mois suivant dans Le Figaro, à Paris.L’esprit de l’avant-garde, nourri par l’exaltation du progrès, la connexion de l’art avec la vie, la prospection des nouvelles réalités du monde moderne, vient ainsi de naître. D’abord constitué par le cénacle de poètes que Marinetti avait réuni autour de sa revue Poesia, le groupe futuriste reçoit dès 1910 l’adhésion du musicien Pratella et des peintres Russolo, Carrà, Boccioni, Balla, Severini, Romani, Bonzagni, suivis peu après par le photographe Anton Giulio Bragaglia, l’architecte Sant’Elia, le cinéaste Ginna, etc., jusqu’à devenir un mouvement pluridisciplinaire, capable d’apporter sa volonté de renouveau dans pratiquement tous les secteurs de la création artistique. S’alignant sur les principes vitalistes de l’énergie et de la mutation continue, défendus par Marinetti, les peintres futuristes lancent d’abord la poétique du dynamisme plastique en concevant la fluidification de la forme et le mouvement du corps dans l’espace à partir du divisionnisme. Ensuite, ayant découvert en octobre 1911 les recherches de Braque et de Picasso, ils s’appliquent à intégrer les moyens du cubisme dans leurs toiles sans pour autant renoncer à leurs idées.
La guerre, qui provoque la mort de Boccioni et de Sant’Elia ainsi que l’invalidité de Russolo pendant de longues années, marque un temps d’arrêt mais détermine aussi le renouvellement du futurisme à l’enseigne d’une nouvelle poétique : l’art mécanique. Les artistes de la deuxième génération, dont Pozzo, Tato, Dottori, Bot, Dalmonte, Carmelich, Azari, Paladini, Pannaggi, Farfa, Marasco, Fillia, Diulgheroff, produisent une oeuvre multiple qui constitue la seule alternative au retour à l’ordre proclamé à la même époque par le Novecento. L’Italie est alors sous la dictature de Mussolini. La compromission de Marinetti et d’une partie de ses artistes avec le fascisme n’empêche pas les dignitaires et les préposés à la culture du nouveau régime politique d’attaquer souvent les oeuvres et les manifestations futuristes en les accusant de pervertir la jeunesse italienne. Face aux campagnes de presse sur l’ « art dégénéré » Marinetti ne renonce pas à poursuivre son action en faveur de l’avant-garde en réussissant à préserver jusqu’au bout l’unité de son mouvement. La fin du futurisme correspond en effet à la mort, en 1944, de son fondateur.

Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carra, Luigi Russolo, Gino Severini, Ardengo Soffici.
*Train rapide (détail), Ivo Panneggi, 1922