Merz

Europe, 1919

Merz

Mot inventé par Schwitters pour désigner sa création à partir de 1919. Comme dans sa pratique du collage, l’artiste s’est servi d’une partie du mot « Kommerz », dont il n’expliqua jamais le choix sinon en indiquant qu’il fut tout à fait arbitraire. Le courant artistique ainsi désigné n’est illustré que par un seul artiste : Schwitters lui-même. À l’instar des dadaïstes zurichois avec « Dada », Schwitters, avec cette syllabe sans aucune signification directe, refuse les dénominations stylistiques formalistes et se situe d’emblée dans un autre ordre d’idées – celui de la création intuitive moderne. Ce pas important dans sa création a lieu en 1919, moment où il commence à exposer des collages et des assemblages à Berlin. Le premier manifeste de la peinture Merz (Merzmalerei) paraît dans la livraison de juillet de la revue Der Sturm. La démarche de Schwitters prend un sens tout à fait particulier dans la perspective de l’épuisement des « ismes » dans l’art.
Si le mot Merz n’a aucune signification directe, il a néanmoins pour une oreille allemande une résonance psychologique, une tonalité que l’on pourrait définir comme un mélange manipulation instinctive-association-synthèse, qui correspond parfaitement à la démarche de Schwitters. En 1924, répondant à Lissitzky et Arp qui voulaient obtenir de lui une définition pour leur livre les Ismes dans l’art, Schwitters lançait : « Merz : tout ce que l’artiste crache c’est de l’art ».

Merzbau

Merzbau

À partir du début des années vingt, Schwitters commence à aménager dans sa propre maison de Hanovre un environnement dadaïste. Proche de l’atmosphère qui préside aux aménagements des salles de la Erste internationale Dada-Messe de Berlin, cet environnement va devenir une des oeuvres majeures de l’art du XXe siècle.
Cette construction envahit peu à peu toute la maison de l’artiste. En partant du premier étage où est situé l’atelier, Schwitters annexe le deuxième en perçant le plafond et conduit des prolongements du Merzbau vers le sous-sol. À l’instar de ses assemblages, le Merzbau est composé d’éléments géométriques, et en même temps d’objets trouvés (morceaux de poupées, miroir brisé, souris vivante…). Schwitters appelle cette construction « Cathédrale de la misère érotique » : tout un programme pour l’approche des sources de sa création artistique. Dans cet environnement ont lieu les soirées dadaïstes que Schwitters organise régulièrement et où il récite ses poésies. Il demande parfois à ses amis dadaïstes (Hausmann, Hoech) d’y contribuer. Le Merzbau devient ainsi une oeuvre collective. Cette oeuvre en devenir que l’artiste fait évoluer en permanence est détruite au cours des bombardements de 1945. Réfugié en Norvège à la fin des années trente, Schwitters essaie de réaliser une deuxième construction Merz dans la grange de la maison qu’il habite dans les environs d’Oslo, mais cette construction, elle non plus, n’a pas survécu. À la fin de sa vie, l’artiste réalise une troisième construction Merz en Angleterre, dont les restes sont conservés aujourd’hui au musée de l’université de Newcastle upon Tyne. Schwitters attribue une importance tout à fait particulière à l’idée du Merzbau, oeuvre qui devait constituer la démonstration définitive et totale de l’art moderne en tant qu’image cosmique et manière de vie de l’homme moderne imaginée par l’artiste. Cette idée est partagée au cours des années vingt par plusieurs autres artistes. Citons pour exemple les environnements futuristes de la Casa d’Arte Bragaglia de Rome, le Prounenraum de Lissitzky (1923), ou le projet d’aménagement néo-plastique de l’appartement d’Ida Bienert à Dresde par Mondrian. Dans la perspective de son exposition « Der Hang zum Gesamtkunstwerk », Harald Szeemann entreprend en 1980 la reconstruction du Merzbau de Hanovre. L’oeuvre réalisée par Peter Bissegger d’après les directives de Szeemann est aujourd’hui conservée au Sprengel Museum de Hanovre.

Kurt Schwitters.