Cauchemardesque !

Cauchemardesque : à donner la chair de poule, à faire frémir, à figer le sang, à glacer le sang, affreux, apeurant, effrayant, effroyable, épouvantable, grand-guignolesque, horrible, horrifiant, pétrifiant, terrible, terrifiant, terrorisant.

Suggérer par votre réalisation le ressenti (impression ou sensation, physique ou mentale) éprouvé lors d’un cauchemar.

Références artistiques possibles :
Le cauchemar, Johann Heinrich Füssli, huile sur toile, 101,6×127,7 cm, 1781
Le cauchemar, Eugène Thivier, sculpture en marbre, largeur : 215 cm, hauteur : 133 cm, profondeur : 71 cm, 1894
Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil, Salvator Dali, huile sur bois, 41×51 cm, 1944

Le tableau représente une dormeuse allongée sur le dos, la tête renversée en arrière. Un incube (démon masculin) est assis sur sa poitrine et fixe le spectateur, tandis qu’une jument surgit entre les rideaux. Le tableau dépeint un intérieur, dont le lit, et la table de nuit sont les seuls éléments qui définissent le cadre spatio-temporel. Comme dans la plupart des œuvres de Füssli, l’architecture est absente, l’espace est principalement défini par les figures. C’est une composition fermée, recentrée autour des figures.
Il est à remarquer l’opposition entre les figures verticales : la jument et l’incube, et la figure horizontale : la jeune femme, cette opposition illustre une dualité entre les forces du mal (du mâle) et leur victime.
Ce tableau montre l’importance du dessin dans l’œuvre de Füssli. La ligne exprime la force et la passion, comme ici dans ce corps distordu et démesurément allongé de la femme. C’est elle qui rythme la composition, et la dynamise.
Le clair-obscur, caractéristique du travail de Füssli, concentre l’attention sur la figure de la femme endormie. Il renforce l’intensité dramatique, et donne une illusion de relief aux différents éléments du tableau.
Dans ce tableau, il n’y a pas de volonté de réalisme. Le peintre préfère sa propre vision à l’étude d’après nature, il illustre ainsi l’avènement de la subjectivité, à la fin du 18e siècle. Au contraire de la « noble simplicité » et de la « grandeur tranquille » préconisés par le néo-classicisme, il est obsédé par le titanesque, le grotesque et le monstrueux. L’écart avec le réalisme est présent dans cette longue silhouette révélée sous le drapé, et montre par là, l’influence des artistes maniéristes chez Füssli.

Quand aux figures de l’incube et de la jument, elles sont bestiales et démoniaques, aux yeux exorbités et correspondent au type de figures que l’on retrouvera dans l’œuvre de William Blake, contemporain de Füssli.

Le cauchemar illustre un intérêt croissant à l’époque pour le fantastique et l’obscur, il se démarque par son absence de symboles religieux ou littéraires, son iconographie se base sur des croyances populaires et folkloriques.

  • L’incube, est la créature assise sur le thorax de la femme endormie. Son nom dérive du latin inc- (sur) et -cubare (coucher), c’est-à-dire « couché sur », Füssli transcrit littéralement cette étymologie. L’incube est un ange déchu par la luxure, qui prend possession du corps de la femme pendant le cauchemar, il est assimilé à une relation sexuelle avec le diable. Il y a une idée de rêve érotique, d’un érotisme dangereux et diabolique. De plus, dans sa forme, cet incube s’inspire du Kobold, créature de la mythologie germanique.
  • La jument constitue un calembour visuel sur la signification anglaise du mot cauchemar, qui est « night mare », c’est-à-dire la jument de la nuit. De plus dans la mythologie européenne du cauchemar, le cheval est soit le démon qui le provoque, soit le moyen de transport de ce démon.
  • Cauchemar : de l’ancien français cauquemare, composé de cauque (apparenté à l’ancien français cauche, du verbe chauchier, « presser, fouler »), et de mar, emprunté du moyen néerlandais mare (« fantôme nocturne »), le second élémentmare, qui a le sens de « fantôme nocturne », « esprit de la nuit » se retrouve dans l’anglais nightmare. Cauchemar désigne alors un spectre malveillant, envoyé pour tourmenter et faire suffoquer les dormeurs.rnDe plus, Füssli s’inspire aussi de légendes scandinaves, la Mara, un démon qui provoque les cauchemars. C’est un être féminin, qui chevauche les dormeurs pendant leur sommeil, comme une chevauchée infernale, qu’on ne peut contrôler. La Mara s’assoit sur le buste des personnes endormies, ce qui crée un sentiment d’oppression. Ces codes sont repris dans le tableau de Füssli, avec la jument qui rappelle la chevauchée, et l’incube qui oppresse le thorax en s’y asseyant.

Ainsi, le peintre réalise une synthèse des légendes folkloriques

De manière rationnelle, le cauchemar se définit par des manifestations anxieuses et angoissantes lors d’un rêve pénible et effrayant.
Il y a ainsi une double lecture, le peintre représente l’effet physique et psychique du cauchemar, effrayant et oppressant, comme l’effet provoqué par ce tableau, mais il représente aussi sa symbolique populaire.
Il nous montre le réel et l’irréel, le visible et l’invisible. Il représente une idée, plutôt qu’un évènement, un mythe, ou une personne.
Le cauchemar pourrait être également une sublimation des désirs sexuels, avec l’incube comme symbole de la libido masculine, et l’intrusion de la jument comme symbole de l’acte sexuel.
L’historien d’art H.W. Janson formule en 1863 l’hypothèse selon laquelle le cauchemar serait pour Füssli l’expression d’un amour déçu devenu obsessionnel : celui pour Anna Landolt, nièce de son ami Lavater.
Au dos de la toile, figure un portrait de femme, que Janson identifie comme un portrait d’Anna Landolt. Ainsi, ce tableau serait une forme de persécution, Füssli adresse à son amour contrarié sa rancœur, sa jalousie et son ardeur, le tableau pourrait être vu comme l’expression de son désir refoulé.

Le cauchemar connaît un grand succès lors de sa présentation à la Royal Academy en 1782, ce qui amènera le peintre à en peindre plusieurs versions, dont peu nous sont parvenues. Le tableau sera par la suite détourné par les caricaturistes, pour une représentation satyrique d’évènements contemporains. Avec Le cauchemar, Füssli s’inscrit dans une époque de croyance au surnaturel. Dès 1780 en Europe, le scepticisme des Lumières est dépassé, pour laisser place à une vogue de l’occultisme.

Par ses figures victimes d’un monde d’épouvante, son esprit gothique, et son exploration de la folie et de l’irrationnel, Füssli préfigurera le courant romantique.

Le Romantisme
Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin du xviiie siècle en Angleterre et en Allemagne et se diffusant à toute l’Europe au cours du xixe siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique. Il se caractérise par une volonté d’explorer toutes les possibilités de l’art afin d’exprimer ses états d’âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d’autres domaines, en particulier la peinture et la musique.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cauchemar_(Füssli)