Du son

Rendez visible le son.
Usez des rapports entre la forme et la couleur, de la valeur expressive des formes et des couleurs et de leurs combinaisons.

Références artistiques :
Steina Vasulka (né en 1940) et Woody Vasulka (né en 1937). Sound Size (1974) donne à entendre des sons électroniques répétitifs qui génèrent, par un processeur à balayage, des géométries dans l’espace.
Nam June Paik (1932-2006). My jubilee ist unverhemmet (1977), marqué par l’influence de John Cage, développe un vidéo-synthétiseur qui crée des images produites par le son.

Et maintenant silence…


Joseph Beuys, Plight, 1985
284 rouleaux de feutre, un piano à queue, un thermomètre médical, un tableau noir,  310 x 890 x 1813 cm. Chaque rouleau : 145 x 160 x D. 30/40 cm.

Deux salles disposées en L occupent un vaste espace du Musée. Mais le spectateur doit se courber pour pénétrer dans ce lieu clos. Immédiatement, il est saisi par le contraste acoustique et thermique avec les salles environnantes. Tous les bruits sont assourdis par les 284 rouleaux de feutre qui tapissent les murs. Cette volonté de construire un espace silencieux est à l’origine de l’œuvre. Lors de la création, dans une galerie londonienne, Beuys avait promis au galeriste de réaliser une œuvre qui oppose le silence aux bruits des travaux d’un immeuble voisin. Dans l’espace feutré et assourdi, un piano à queue fermé trône. Un tableau noir est posé dessus, et les portées musicales vides renforcent encore le silence. La température, stable, à 37°, est celle du corps et elle renvoie au pouvoir calorifique du feutre. « Le feutre, dit Beuys, figure comme un élément de chaleur ou comme un isolateur, souvent utilisé en même temps que la graisse. » Dans cet univers parfaitement artificiel, protecteur et coupé du monde, la présence du piano est incongrue. Elle renvoie à la potentialité du son, de même que la partition muette ; on en vient à songer à ce que pourrait être une musique sortie de ce piano dans une atmosphère définitivement incapable de la réverbérer.

Le spectateur, blotti dans ce silence, se trouve en situation d’écoute. Mais ce qu’il entend, c’est son propre corps, comme dans l’expérience faite par John Cage dans une chambre anéchoïque en 1951 : « Même quand le silence techniquement le plus parfait peut être obtenu, je perçois au moins deux sortes de sonorités : mon sang circule, mon système nerveux fonctionne. J’avoue, par mon corps, que le silence absolu n’existe pas ».

Silence et son vont de pair dans d’autres œuvres de Beuys : citons Infiltration homogène pour piano à queue, 1966 (collection Mnam, Paris), où le piano rendu définitivement muet par son enveloppe de feutre dit néanmoins la souffrance par la croix rouge tracée sur son flanc. L’alternance inquiétante et brutale de sons et de silences était donnée par une autre pièce, Coyote (une action présentée pendant une semaine à New York en 1974) ; elle mettait en scène la « sculpture en sons » ; au cours de ce rituel entre l’homme et l’animal enfermés ensemble, il n’y avait que deux sortes de sons : trois coups secs frappés sur un triangle, suivis de dix secondes de silence, puis de l’explosion d’un hurlement de turbines pendant vingt secondes.
(source www.centrepompidou.fr : dossiers pédagogiques, collections du musée, œuvres sonores et plastiques)