It’s watching you

En désorganisant, en utilisant de manière ludique un système de surveillance ou en lui inventant de nouveaux usages, vous proposerez une installation ou une performance qui proposent une lecture critique face à de tels dispositifs.
Votre proposition sera présentée sous la forme d’un projet dessiné ou photographique.

#art et pouvoir #représentation et subjectivité

Terminologie

Une installation artistique est une œuvre d’art créée pour un lieu spécifique (in situ) et conçue pour modifier la compréhension de cet espace. Souvent, elle se caractérise par une mise en scène, un agencement d’objets et d’éléments indépendants les uns des autres, mais constituant un tout avec le lieu. Dans certains cas, le public est amené à interagir avec l’installation. La distance entre le public et l’œuvre est plus ou moins abolie : le public pénètre dans le périmètre propre à l’œuvre, engendrant de nouveaux types de relations entre la création et le regardeur.

Une performance est une œuvre d’art ou un présentation artistique créée par l’action éphémère menée par l’artiste ou d’autres participants et peut être en direct, documenté, spontané ou écrit, présenté à un public. L’objectif est de susciter une réaction, parfois à l’aide de l’improvisation et de la mise en scène artistique. Le thème est généralement lié aux processus de vie de l’artiste, au besoin de dénonciation ou de critique sociale et à un esprit de transformation.

Comment l’art peut-il contribuer à la compréhension de notre société de surveillance ?

Comment nos désirs personnels façonnent-ils les outils utilisés pour nous surveiller ? Quelles en sont les incidences sociales et culturelles ? Comment pouvons-nous disparaître des écrans de vidéo surveillance et des méta données ? 


Références artistiques possibles

Big Brother  est un personnage de fiction du roman 1984 de George ORWELL publié en 1949. 1984 est communément considéré comme une référence du roman d’anticipation, de la dystopie*, voire de la science-fiction en général. La principale figure du roman, Big Brother, est devenue une figure métaphorique du régime totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés. 1984 de George ORWELL — Wikipédia

Andy WARHOL,Outer and Inner Space, 1965, film en noir et blanc avec avec Edie Sedgwick, 16 mm, 33 min. Avec ce film, Andy Warhol a sans doute posé les premiers jalons, d’une mécanique redoutable faisant du spectateur le voyeur d’une étrange conversation enregistrée.

Bruce NAUMAN, Video Surveillance Piece : Public Room, Private Room, 1969-1970, dispositif vidéo. Les spectateurs entrent dans une pièce où figure au sol, dans un coin, un moniteur. Une caméra placée au plafond, à l’opposé du moniteur, filme la pièce. Ils s’attendent donc à se voir apparaître dans ce moniteur mais, contre toute attente, c’est dans un autre moniteur, figuré sur l’écran du premier, que sont retransmis les mouvements des spectateurs dans la pièce… Sortant de cette pièce, ils longent un autre espace, de même dimension, mais qui reste totalement inaccessible : cette Private Room, on le comprend, est équipée du même dispositif que la Public Room, et elles s’échangent leurs images respectives (la caméra de l’une transmet sa prise de vue au moniteur de l’autre, et vice-versa).

Denis BEAUBOIS, In the event of Amnesia the city will recall, 1996

Denis BEAUBOIS, In the event of Amnesia the city will recall, 1996, performance.

BANKSY, What are you looking at ?

BANKSY, What are you looking at ? 2002. Avec ce pochoir, Banksy entre en interaction avec le lieu et provoque en demandant à la caméra ce qu’elle regarde. 

Marie SESTER, Access, 2003, installation numérique. Avec Access, l’artiste propose de « traquer des individus anonymes dans l’espace public, en les pourchassant avec un spotlight automatisé et un système de projection acoustique ». La plupart des gens essaient immédiatement d’échapper au cercle lumineux mais d’autres semblent s’y trouver plutôt bien. Créé en 2003, le projet a beaucoup voyagé depuis – signe qu’il est toujours aussi pertinent.

Jill MAGID, Evidence Locker, 2004, vidéo. L’artiste est filmées par la police à l’aide des caméras de surveillance publiques du centre-ville de Liverpool. Vêtue d’un trench-coat rouge vif, elle appelait la police donnant des détails sur l’endroit où elle se trouvait et leur demandait de la filmer dans des poses, des endroits particuliers ou même de la guider à travers la ville les yeux fermés.

Jonas DAHLBERG, Safe Zones #7

Jonas DAHLBERG, Safe Zones #9, 2004, installation, maquettes architecturales, caméra de surveillance, moniteur. Un moniteur est situé à l’extérieur des WC, sur lequel on peut voir l’intérieur des toilettes. Les visiteurs supposent qu’une caméra de surveillance a été installée à l’intérieur. Tout visiteur assez audacieux pour s’aventurer à l’intérieur est surpris de découvrir une copie exacte des toilettes et que c’est en fait ce modèle qui est surveillé.

La vidéo Faceless (2007) est un film de 50 min de la réalisatrice Manu LUKSCH. Construit à partir d’images de vidéosurveillance devant lesquelles la réalisatrice s’est volontairement placée, la vidéo dénonce clairement la société de contrôle, mais son efficacité tient aussi au statut particulier de ces images, qui relève ici encore de la fascination.

Trevor PAGLEN, They Watch the Moon, 2010, photographie, San Francisco Museum of Modern Art. Cet artiste — géographe et écrivain américain, pionnier du mouvement Surveillance Art — photographie les zones classées secret défense, comme les bases américaines de la NASA ou de la CIA. Son art documentaire se veut politique et sociale, renversant la politique de collecte d’informations sur les citoyens en une collecte d’informations sur l’État.

Depuis 2012, l’artiste italien Paolo CIRIO installe dans l’espace public des reproductions grandeur nature de silhouettes qu’il a trouvées sur Google Street View, exactement à l’endroit où elle ont été prises la première fois. Les passants sont alors confrontés à l’irruption de ces images, qui leur rappellent que leurs déambulations peuvent être photographiées. Comme Google, l’artiste n’a pas demandé l’autorisation de reproduction des images. Certaines des personnes photographiées lui ont demandé de retirer les collages – mais d’autres, à l’inverse, l’ont contacté pour savoir si elles pouvaient avoir un de ces portraits grandeur nature.

The New Town (2013) est une série de photographies de la vie quotidienne dans une petite ville du Midwest aux États-Unis, prises par l’artiste Andrew HAMMERAND au moyen des caméras de surveillance installées dans la ville. Depuis son ordinateur, à des milliers de kilomètres, Hammerand avait réussi à accéder à ces caméras de surveillance, y compris à leur faire faire des zooms et des panoramiques.

Le projet Database, pour sa part, matérialise la surveillance à l’échelle des personnes. Il s’agit d’un projet allemand de 2014, installé dans une rue de Trèves en Allemagne pour une durée de 46 jours. Dans cette installation, les visages des passants sont filmés, imprimés puis passés au broyeur de papier. De jour en jour, les papiers déchiquetés s’accumulent, offrant aux passants une image concrète des données qui s’amoncellent sur eux.

Jakub GELTNER, Nest 06, 2015

Jakub GELTNER, Nest 06, 2015, installation dans l’espace urbain de caméras de surveillance, Sydney – Australia – http://www.geltner.cz/


Histoire des arts – Thématiques, objets d’étude possibles

  • Les arts entre liberté et propagande (1910-1945) – Art et pouvoir : contestation, dénonciation ou propagande

Questionnement(s) :

  • La représentation ; images, réalité et fiction : la création, la matérialité, le statut, la signification des images – la conception, la production et la diffusion de l’œuvre plastique à l’ère du numérique.

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu.
  • S’approprier des questions artistiques en prenant appui sur une pratique artistique et réflexive.
  • Recourir à des outils numériques de captation et de réalisation à des fins de création artistique.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

  • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
  • Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
  • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5) :

  • Établir des liens entre son propre travail, les œuvres rencontrées ou les démarches observées.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Identifier des caractéristiques (plastiques, culturelles, sémantiques, symboliques) inscrivant une œuvre dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique.

D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine


* Dystopie : récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée, entre autres, comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. Source Wikipédia