Une forêt inquiétante

Arrivés à l’orée de la forêt, les randonneurs hésitèrent un instant avant de se glisser sous la couverture sombre des arbres. À cause de l’enchevêtrement des branches qui formait une voûte au-dessus de leurs têtes, le ciel disparut de leurs champs de vision. L’obscurité se fit de plus en plus présente, plus pesante. Les ronces et les branches rendaient leur marche difficile. Le chant des oiseaux s’éloigna, le bruit de la campagne se dissipa, puis le silence les enveloppa complètement. C’était comme s’ils étaient seuls au monde, perdus dans ce chaos végétal.

Traduisez par le dessin au fusain ce que voient les randonneurs et l’impression inquiétante qui s’en dégage.

Objectifs

  • Exploiter les possibilités offertes par le fusain ; explorer les propriétés matérielles et plastiques du dessin.
  • S’adapter au grand format (geste, posture).
  • Identifier les relations entre l’image et son référent originel ; comprendre que l’écart avec la réalité est porteur de sens.

Sur votre bloc-notes, vous réaliserez quelques essais et croquis préparatoires avant de travailler sur le support donné (format raisin) puis vous noterez vos observations concernant le dessin, les exploitations du fusain et des effets de noirs obtenus pour rendre la forêt inquiétante.

Gustave DORÉ, le Cimetière dans la forêt de Chactas – Atala, monographie imprimée, 1863

Références possibles

  • John CONSTABLE, 1801, huile sur toile, 92 x 72cm, Art Gallery of Ontario. Le peintre s’attache à illustrer avec renfort de détails les arbres et les fougères du sous-bois. L’intrusion en bas à gauche d’un paysan et de son âne renvoit aux modèles hollandais du 17e siècle.
  • Gustave DORÉ, En marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches, dessin de Gustave Doré, gravure sur bois de François Pierdon, 24,2 x 19,7 cm, éditée en 1862 – https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10322203w?rk=85837;2
  • Piet MONDRIAN, Arbre argenté, 1911, huile sur toile, 78,50 x 107,5 cm, Musée municipal de La Haye, Pays-Bas.
  • Jean COCTEAU, La Belle et la Bête, 1946, film, 96 min.
  • Anselm KIEFER, Mann im Wald (Homme dans la forêt), 1971, acrylique sur toile de coton, 174 x 189 cm, Collection particulière, San Francisco.
  • Andy GOLDSWORTHY, Snow ball in Trees, 1980, Robert Hall Wood, Yorkshire, photographie Cibachrome, 40,5 x 51 cm.  
  • Giuseppe PENONE,  Le vert du bois, 1987, frottage au fusain, peinture sur toile, branche d’arbre.
  • Xavier VEILHAN,  La Forêt, 1998, tissu synthétique, installation de dimensions variables, Genève, Collection MAMCO. À la lumière des néons, du feutre synthétique gris-brun recouvre irrégulièrement sols et murs et simule, autour de pièces de bois, d’immenses troncs d’arbres sur une surface de 200 m2 au travers desquels le visiteur est amené à circuler.
  • Nils UDO, Nid de lavande, 1998, Parc de Crestet, Vaison-la-Romaine, photographie couleur, 120 x 120 cm. L’œuvre s’inscrit dans le paysage, elle est photographiée mais également se visite. D’un diamètre impressionnant (15 mètres environ), le nid est composé d’un enchevêtrement de branches et de troncs noueux de chênes autour d’une cuvette circulaire en terre. Le fond est tapissé de plants serrés de lavande, interdisant d’y pénétrer au risque de les détruire. Le spectateur est donc contraint d’observer le nid de l’extérieur s’il veut préserver la nature comme le lui suggère l’artiste.
  • Giuseppe PENONE, L’Arbre aux voyelles, 1999 (installé en décembre 1999, inauguré en 2000),  bronze patiné (14 m) et arbres, Paris. Le moulage d’un chêne déraciné donne matière sculpturale au temps, conserve la mémoire du dernier état de l’arbre et crée un fossile pérenne et réaliste par ses formes, matériaux et couleurs, d’autant qu’il est placé au sein d’une végétation vivante. L’artiste intègre de plus dans son installation in situ, la plantation de cinq arbustes d’essences différentes en contact avec l’arbre moulé et en réponse aux cinq voyelles des racines de ce dernier. Ces arbres vivants vont croître avec le temps et varier avec les saisons, transformant lentement l’œuvre puis enserrant et masquant progressivement l’arbre en bronze.
  • Samuel ROUSSEAU, L’Arbre et son ombre, 2012, installation vidéo projetant des ombres portées sur un arbre réel et un écran et retraçant le cycle complet de la vie de l’arbre au fil des saisons, Clermont-Ferrand, Galerie Claire Gastaud.
  • Henrique OLIVEIRA, Baitagogo, 2013, exposition, Paris, Palais de Tokyo. L’artiste propose une installation hybride, entre urbanisme et nature, architecture et organique, en bois de Tapumes, bois utilisé au Brésil pour les palissades des chantiers. Ce nœud de bois qui s’adapte et semble naître du bâtiment même, crée un environnement fantastique et déstabilisant évoquant métaphoriquement la construction des favelas et l’agrandissement tentaculaire de la ville de Sao Paolo.
Bois, Armoy-Thonon-les-Bains

Questionnements

  • La représentation ; images, réalité et fiction : la ressemblance – la création, la matérialité, le statut, la signification des images.
  • La matérialité de l’œuvre ; l’objet et l’œuvre : les qualités physiques des matériaux.

Compétences

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu.
  • Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique, pour servir un projet de création.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

  • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
  • Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
  • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5) :

  • Dire avec un vocabulaire approprié ce que l’on fait, ressent, imagine, observe, analyse ; s’exprimer pour soutenir des intentions artistiques ou une interprétation d’œuvre.
  • Établir des liens entre son propre travail, les œuvres rencontrées ou les démarches observées.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Identifier des caractéristiques (plastiques, culturelles, sémantiques, symboliques) inscrivant une œuvre dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique.

D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine