Ça pique les yeux !

L’influence mutuelle des couleurs est tout à fait essentielle pour le coloriste, et les teintes les plus belles, les plus fixes, les plus immatérielles s’obtiennent sans qu’elles soient matériellement exprimées. […] Il ne suffit pas de mettre les couleurs, si belles soient-elles les unes après les autres, il faut encore que ces couleurs réagissent les unes avec les autres, sinon, c’est la catastrophe.

Henri Matisse, 1905 #fauvisme

Réalisez un travail à la gouache où les couleurs sont choisies pour « réagir les unes avec les autres » afin de créer un effet maximal entre-elles allant jusqu’à piquer les yeux.

À propos des contrastes

Johannes ITTEN, professeur au Bauhaus définit sept effets de contrastes différents :

  1. Le contraste de la couleur en soi : Il a lieu lorsque les couleurs pures sont utilisées dans une composition de couleurs. Le blanc et le noir peuvent intensifier l’effet vivace.
  2. Le contraste clair-obscur : Il s’applique à l’utilisation des différentes couleurs claires et valeurs de tons. Toutes les couleurs peuvent être éclaircies par le blanc et obscurcies par le noir. Pour commencer, il faut fabriquer des échelles de tons, pour chaque couleur qui correspond à l’échelle clair-obscur.
  3. Le contraste chaud-froid : On obtient le plus grand effet avec les couleurs rouge-orangé et vert-bleu. Toutes les autres couleurs apparaissent froides ou chaudes selon qu’elles sont en contraste avec des tons chauds ou froids.
  4. Le contraste des complémentaires : Dans son cercle chromatique, les couleurs complémentaires s’opposent. Lorsqu’on mélange des couleurs complémentaires, il en résulte un noir-gris neutre. Les couleurs complémentaires, placées les unes à côté des autres, parviennent à leur plus grande luminosité et, mélangées, se détruisent pour donner un noir-gris.
  5. Le contraste simultané : Son effet repose sur la loi des complémentaires, selon laquelle chaque couleur pure attire physiologiquement la couleur opposée. Si cette couleur n’existe pas, l’oeil crée simultanément la couleur complémentaire. Un vert intense transformera un gris neutre situé à côté de lui en un gris rougeâtre, le même gris neutre situé à côté d’un rouge intense apparaîtra gris-verdâtre.
  6. Le contraste de qualité : Il consiste en une opposition de couleurs brillantes et mates. On les rend opaques avec du noir, du blanc, du gris ou des couleurs complémentaires.
  7. Le contraste de quantité : Il repose sur l’opposition de différentes grandes surfaces de couleur.

Source : Analyses sur la couleur à partir d’études, de cours et de l’Art de la couleur, Johannes Itten (1961).

Méthodologie

Comment créer une sensation grâce à la couleur ? Comment telle couleur interagit-elle avec telle autre ?
Vos réponses se trouvent dans l’expérimentation :
– préparez plusieurs papiers gouachés de couleurs et de tailles différentes ;
– juxtaposez ou superposez les morceaux deux à deux, jugez de l’effet produit et notez-le dans votre bloc-notes.
Vos conclusions et les références proposées, vous aideront à réaliser votre gouache.

Références artistiques

  • Paul SÉRUSIER, Le talisman, l’Aven au Bois d’Amour, 1888, peinture à l’huile, 27 x 21,5 cm, Musée d’Orsay
  • Vincent VAN GOGH, Le Café de nuit, 1888, huile sur toile, 72 x 92 cm. Le tableau représente l’intérieur du Café de la Gare, sur la place Lamartine d’Arles (quartier de la Cavalerie). La scène, comme l’indique le titre du tableau, se passe la nuit, précisément à minuit et quart d’après l’heure affichée sur l’horloge du fond de la salle. Dans cette grande pièce haute de plafond caractéristique des cafés provençaux du 19e siècle, et éclairés par des lampes à gaz, figurent au centre un billard français et, tout autour, des tables et les chaises. Le tableau est organisé en larges bandes colorées rouges, vertes et jaunes, structures auxquelles se rajoute un cercle composé des tables et des chaises centré sur le billard central. Ce billard, éclairé verticalement, projette une ombre imposante au milieu de la salle. Chose étrange, il s’agit de la seule ombre représentée. Cette œuvre illustre les recherches chromatiques du peintre avec l’emploi de couleurs complémentaires, en particulier ici, le rouge et le vert.
  • Paul SIGNAC, Portrait de Félix Fénéon, Opus 217, 1890, huile sur métal, 74 x 93 cm; MoMA, NY
  • Maurice DE VLAMINCK, La cuisine (Intérieur), 1904, huile sur toile, 55 x46 cm, MNAM, Paris
Henri MATISSE, La Raie verte, 1905, huile sur toile, 40,5 x 32,5 cm
  • Henri MATISSE, La joie de vivre, 1906, huile sur toile, 174 x 238,1 cm
  • André DERAIN, Trois personnages assis dans l’herbe, 1906, huile sur toile, 38 x 55 cm, MNAM, Paris
  • André DERAIN, L’Estaque, Route tournante, 1906, 129,5 x 195 cm
  • Frantisek KUPKA, La Gamme jaune, 1907, peinture à l’huile sur toile, 79 x 79 cm. Le titre du tableau renvoie à la théorie de la couleur d’Eugène Chevreul et, précisément, à la planche « gamme chromatique orangé jaune » de son ouvrage : Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels, à l’aide des cercles chromatiques (1864). Soucieux de créer des peintures « synchromes », fondées sur une base scientifique garante d’effets psychologiques, le peintre choisit ici une gamme chaude et saturée de teintes dominantes, presque monochromes, rehaussée par les teintes froides de bleu et de vert qui ponctuent le visage, pour traduire, comme il l’explique dans son livre, La Création dans les arts plastiques (1923), une atmosphère et des états d’âme d’ordre symboliste.
  • Ernst Ludwig KIRCHNER, Maisons à Dresde, 1909, huile sur toile, 56 x 90 cm
  • Vassily KANDINSKY, Composition V, 1913, peinture à l’huile, 200 x 300 cm
  • Robert DELAUNAY, Joie de vivre, 1930, huile sur toile, 200 x 228 cm, MNAM, Paris
  • Friedensreich HUNDERTWASSER, Le Grand Chemin, 1955, 162 x 160 cm. Le peintre a utilisé dans ses peintures des couleurs complémentaires pour donner une plus grande luminosité à ses images. Dans Le Grand Chemin dominent les couleurs rouge, bleu et vert qui forment une spirale. Pour Hundertwasser, cette forme symbolise la loi de la nature ; le chemin entre la naissance et la mort.
Josef ALBERS, Study for Homage to the Square: Closing, acrylique sur toile, 40,2 x 40,2 cm,
Solomon R. Guggenheim Museum, New York
  • Josef ALBERS, Interaction of Color, publication, 1963
  • Victor VASARELY, Majus, 1967-1968, acrylique sur toile, 200 x 200 cm

Questionnement(s) :

  • La représentation plastique et les dispositifs de présentation : la ressemblance.
  • La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l’œuvre : la matérialité et la qualité de la couleur.

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Choisir, organiser et mobiliser des gestes, des outils et des matériaux en fonction des effets qu’ils produisent.
  • Rechercher une expression personnelle en s’éloignant des stéréotypes.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D5) :

  • Identifier les principaux outils et compétences nécessaires à la réalisation d’un projet artistique.
  • Adapter son projet en fonction des contraintes de réalisation et de la prise en compte du spectateur.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Identifier quelques caractéristiques qui inscrivent une œuvre d’art dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique, contemporain, proche ou lointain.

* D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine