Une image pauvre

Introduction

« La photographie, une image pauvre ? »

– La photographie est-elle une image pauvre ? No18 de la Recherche Photographique, Maison européenne de la photographie, printemps 1995 :
Baudelaire lança cet anathème à l’encontre de la photographie : 
« être la servante des sciences et des arts, mais la très humble servante. »
Et l’histoire pourrait bien avoir exaucé ses vœux. Peut-être la photographie n’est-elle guère parvenue à dépasser les domaines de l’action, du travail, de la communication, ou de la famille.
La photographie serait-elle une image par essence pauvre : rétive à la création et à l’expression artistique, ou incapable de dépasser le strict ordre de l’utile ? 

Enjeu

Quant à l’éventuelle pauvreté de la photographie, quelle image implique le modèle de richesse ? Quels subterfuges allez-vous devoir opérer, afin de rendre la photographie « plus riche » ? Comment définir avec les termes spécifiques aux plastiques les qualités d’une image ?

Objectifs

  • Développer l’attention aux choix, aux relations formelles et aux effets plastiques.
  • Être capable de mesurer les effets sensibles produits par le médium numérique.

Séance #1 – 20 min

Dans cette première séance, vous photographierez une scène ou un objet insignifiants, transitoires, communs, banals à l’aide d’une tablette, un smartphone ou un appareil photo numérique.

Puis vous optimiserez cette photographie numérique en utilisant les réglages tels que : l’exposition, la luminosité, le contraste, la colorimétrie et la saturation de la prise de vue. Vous sauvegarderez cet état de l’image. 


Vous êtes dans une phase d’exploration, vous permettant de vous questionner sur la « pauvreté » de l’image photographique réalisée. Notez dans votre bloc-notes vos observations, vos remarques.

En appui sur des références artistiques, cette séance questionne la valeur intrinsèque de votre photographie.

Méthodologie

Optez pour un sujet à photographier. Réalisez les premières prises de vue en tenant compte de l’éclairage, du cadrage, de la mise au point et de la profondeur de champ. Visualisez les photographies en vous questionnant sur laquelle de ces images correspond au mieux à une « image pauvre ». Notez par écrit la justification de ce choix. Si besoin, réalisez une seconde série de prises de vue.

Conseils

Attention, vous ne cherchez pas à faire des photos ratées. 
Si vous avez du mal à faire votre choix, établissez une carte mentale ou une liste à partir de l’adjectif « pauvre » et « riche ». Changer de sujet (nouvelle scène ou objet différent) permet de faire apparaître d’autres qualités. Notez-les.

Carte mentale

Culture photographique

  • BRASSAÏ, Sculptures involontaires, 1932 
    C’est sous ce pseudonyme que Gyula Halász s’impose comme le photographe qui a su capturer l’essence de la ville dans ses clichés, publiant un premier recueil en 1932, intitulé Paris de nuit, qui rencontre un grand succès.
    « Poursuivant mes recherches sur la thématique des objets trouvés, je me suis intéressé aux objets repêchés de la Seine. J’avais remarqué que ces objets, lorsque présentés sous un certain type de lumière et disposés d’une manière spécifique, se métamorphosaient sous mon regard ainsi que celui du regardeur. En renversant donc ces objets, soigneusement éclairés en studio, j’ai cherché à créer une nouvelle image, une nouvelle sculpture pré-façonné par l’eau (des sculptures involontaires) renaissant sous le jeu de la lumière et de l’ombre. »
    https://www.photo.rmn.fr/archive/05-520816-2C6NU07FKQTZ.html
  • Walker EVANS, Tin Snips, $1.85, 1955
    Walker Evans a catalogué l’essence de l’Amérique du 20e siècle dans ses photographies des rues principales, des églises, des usines et des navetteurs de New York, qu’il a photographiés en cachant un appareil photo Contax 35 mm sous son manteau.
    http://www.getty.edu/art/collection/objects/39700/walker-evans-tin-snips-by-j-wiss-and-sons-co-185-american-1955/
  • Bernd et Hilla BECHER, Typologie, Kuhltürme Beton, 1963-1975
    Le travail photographique du couple Becher porte sur des bâtiments industriels (les « typologies ») photographiés selon un protocole extrêmement rigoureux (vue frontale, centrage du sujet, etc.).
  • Patrick TOSANI, D (cuillère), 1989
    Le photographe, à travers la forme simple de la cuillère, analyse le phénomène de la vision : « Je fais une description très concrète de la chose car ce qui m’intéresse c’est sa portée visuelle et métaphorique. Visuellement on ne parle plus ni d’aliment ni de nourriture, mais de lumière pure. Cet ovale capte, reçoit, attire, réceptionne la lumière et nous la renvoie, nous la transmet, nous la restitue comme un miroir diffus et réfléchissant ».
    https://www.patricktosani.com/projects/photographies/1988/Cuilleres
  • Yves TRÉMORIN, Natures mortes, 1994
    Dans cette série photographique, Yves Trémorin actualise dans une économie qui le caractérise, la représentation de la nature morte*.
  • Jean-Luc MOULÈNE, Produits de Palestine, 2002-2007
    Série de cinquante-huit images de produits fabriqués en Palestine, pour la Palestine – allant de l’huile d’olive, des gaufrettes et du fromage aux cigarettes, aux médicaments et aux sous-vêtements.

*Rappel de la définition de nature morte 

La nature morte est un genre artistique, principalement en peinture qui représente des éléments inanimés (objets divers, aliments, gibiers, fruits, fleurs, crâne, etc.) organisés par l’artiste souvent dans une intention symbolique.

Prenez des notes sur l’auteur et sur les différentes œuvres vues dans votre bloc-notes d’arts plastiques, afin de mieux comprendre la démarche artistique.

Séance #2 – 30 min

Dans cette seconde séance, vous modifierez la photographie avec les outils numériques de votre choix pour « revaloriser » l’image ou le sujet ou les deux puis vous la sauvegarderez en prenant soin de ne pas effacer l’image originale. 
La proposition implique nécessairement un jugement de valeur et la norme qui le conditionne, c’est pourquoi vous expliquerez vos choix en présentant sous la forme d’un diptyque les deux photographies.

Conseils

L’utilisation du logiciel GIMP, éditeur d’images multiplateforme (disponible pour Linux, macOS X, Windows 10, est fortement conseillé. Ce logiciel libre vous fournit les outils suffisants pour faire votre travail. Il est à télécharger depuis le site officiel : https://www.gimp.org 

Le rendu de votre travail se présentera sous la forme d’un diptyque, c’est-à-dire, une image composée des deux photographies réparties également (tableau ci-dessous).

 
 
image 1
 
 
 
 
image 2
 
 

1/ Après avoir ouvert l’image choisie (image 1) dans le logiciel GIMP, doublez la largeur de la surface de travail à partir du menu Image/ Taille du canevas…  Dupliquez le calque à partir d’un clic droit sur le calque de l’image 1, afin d’obtenir le calque de l’image 2 puis positionnez ce dernier avec l’Outil de déplacement dans la partie créée lors du doublement de la largeur. Sauvegardez (Fichier/ Enregistrer) votre travail une première fois avant de modifier quoi que ce soit. Le fichier enregistré a pour extension .xcf et ne peut être ouvert qu’avec GIMP.
2/ Maintenant, modifiez l’image 2, afin qu’elle réponde à votre intention de « revalorisation » de l’image.
Concrètement vous allez retoucher l’image 2 en utilisant les fonctions proposées dans GIMP déjà vue en classe : les outils Crayon, Pinceau et Aérographe, les réglages dans les menus Couleurs et Filtres.
3/ Les modifications achevées, le diptyque photographique doit maintenant être exporté et transmis au professeur. Commencez par optimiser la taille de la réalisation : cliquez le menu Image/ Échelle et taille de l’image… Saisissez une valeur de 1280 px pour la largeur. Attention, le maillon de chaîne symbolisé à droite des valeurs doit être fermé afin que la hauteur s’adapte proportionnellement à la largeur. Validez la Mise à l’échelle.
4/ Cliquez Fichier/ Exporter sous… puis après avoir nommé votre fichier « prenom-classe » et choisi l’emplacement de l’enregistrement, sélectionnez .jpg ou .png dans le menu Sélectionner le type de fichier (Selon l’extension). Cliquez Exporter et validez à nouveau l’export. Le fichier obtenu peut être transmis.

Culture artistique

  • Andy WARHOL, Andy2, 1985, image numérique créée sur Amiga 1000
    Andy Warhol est un artiste américain du Pop Art connu dans le monde entier par son travail de peintre, de producteur musical, d’auteur, par ses films d’avant- garde, et par ses liens avec les intellectuels, les célébrités d’Hollywood. 
    Ce n’est qu’en 2014 qu’une équipe de la Carnegie Mellon University retrouve sur des disquettes qui se trouvaient dans les archives du Andy Warhol Museum des images numériques créées par Andy Warhol en 1985 pour Amiga Computers.
    http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Pop_art/ENS-pop_art.htm
  • Mariko MORI, Pure Land, 1996-1998, photographie numérique
    Artiste contemporaine japonaise, Mariko MORI propose avec Pure Land une œuvre caractérisée par un univers utopique, un univers fantasmé teinté de chamanisme primitif où l’artiste apparaît comme une gourou omniprésente.
  • Alain DELORME, Totems, 2009-2011, photographie numérique
    Grâce au photomontage, le photographe français offre une vision singulière de la Chine de Shanghai où des transporteurs à vélo circulent dans une ville remodelée par la nouvelle société de consommation. https://www.alaindelorme.com
  • PIERRE & GILLES, Stromae Forever, 2014, photographie et peinture. 
    Depuis 1976, Pierre et Gilles développent une œuvre à quatre mains entre peinture et photographie. Leurs tableaux mettent en scène leurs proches, anonymes ou célèbres, dans des décors sophistiqués construits grandeur nature en atelier. Une fois la photographie tirée sur toile, commence un méticuleux travail de peinture. Ces créateurs d’images ont constitué une iconographie singulière explorant la frontière entre l’histoire de l’art et culture populaire kitsch*.

*Le kitsch est intimement lié à l’idée de l’inauthentique, de la surcharge et du mauvais goût. Désignant au départ la « production artistique et industrielle d’objets bon marché », le concept est indissociable de l’industrie de consommation de masse.
Dans le langage courant, le kitsch désigne des objets de mauvais goût, agrémentés de décorations superflues, qui copient le plus souvent des œuvres reconnues comme des classiques. Source Wikipédia

Pour conclure

À partir de ce diptyque, pouvez-vous catégoriser les deux types d’images ? Quelle place prennent l’analyse et l’interprétation ? La valeur expressive et narrative de l’image ? Notez vos réponses dans le cahier d’arts plastiques.


En appui sur des références artistiques, cette séquence vous a permis de questionner les différentes catégories d’images, leurs procédés de fabrication, leurs transformations. Elle vous a obligé à vous poser quelques questions de ce qui définit la photographie et l’articité (: ce qui fait l’art) même de l’œuvre.

Eclairs
Diptyque de Baptiste
Chaussures
Diptyque de Marina

Questionnement(s) :

  • La représentation plastique et les dispositifs de présentation : les différentes catégories d’images, leurs procédés de fabrication, leurs transformations
  • La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l’œuvre : les effets de l’instrument (ici, l’outil numérique).

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Intégrer l’usage des outils informatiques de travail de l’image et de recherche d’information, au service de la pratique plastique.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D5) :

  • Identifier les principaux outils et compétences nécessaires à la réalisation d’un projet artistique.

S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité (D1, D3) :

  • Décrire et interroger à l’aide d’un vocabulaire spécifique ses productions plastiques, celles de ses pairs et des œuvres d’art étudiées en classe.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Identifier quelques caractéristiques qui inscrivent une œuvre d’art dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique, contemporain, proche ou lointain.

* D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine