Le poids des mots

Proposez le projet d’une œuvre en trois dimensions et à l’échelle du spectateur donnant du sens à l’expression : « le poids des mots ». Au préalable, vous effectuerez quelques recherches en classe et au CDI sur les artistes qui utilisent le mot ou le texte dans leur œuvre.

Votre proposition prendra la forme d’une fiche ou d’une affiche comportant un paragraphe écrit de quelques lignes et des croquis accompagnés d’un photomontage ou d’une maquette.

#typo #lettre #écriture #installation

Méthodologie

  1. Créer une carte mentale ou un groupe de mots par association d’idées autour de l’expression donnée : « le poids des mots ».
  2. Souligner les mots les plus importants. Les confronter aux notes de vos recherches.
  3. Réaliser un ou plusieurs croquis de vos idées (tout ce qui vous vient à l’esprit, sans trier dans un premier temps).
  4. Choisir les croquis les plus convaincants. N’oubliez pas le caractère artistique du projet.
  5. Lister vos besoins pour la réalisation, puis réaliser le photomontage ou la maquette.
  6. Mettre en forme votre présentation : affiche 50 x 65 cm (texte, croquis, photomontage) ou fiche A3 (texte, croquis) accompagnée de la maquette. Envisager un accrochage.
Exemple de projet et de sa réalisation,
Wrapped Reichstag, Berlin, Christo et Jeanne Claude, 1971-95

Références artistiques possibles

Jennifer HOLZER est une artiste conceptuelle américaine. Elle se fait connaître en apposant des affiches dans les rues de New York, sur lesquelles on pouvait lire des phrases courtes, comme autant de lieux communs du discours. Ces affichettes, qu’elle nomme des Truismes, marquent le début de sa carrière. En remettant en cause le rôle de l’artiste subversif et individualiste, elle prend part au groupe Collab dans les années 70. Elle refuse les lieux d’exposition traditionnels que sont les galeries et les musées, préférant diffuser ses messages sur la place publique. Elle n’hésite pas à s’emparer avec virulence de thèmes comme la mort, la guerre ou le sexe. Son travail tourne principalement autour du langage. Parmi ses réalisations les plus connues : Essais inflammatoires de 1979 à 1982, Survie de 1983 à 1985 et Lamentations de 1987 à 1989.

Barbara KRUGER, Sans titre, 1994-1995, installation, sérigraphie et collage, dimensions variables,
Mu­sée Lud­wig, Cologne, Allemagne

Barbara KRUGER est une artiste conceptuelle américaine. Volontiers provocante ou polémique, son œuvre est empreinte de références aux mouvements d’émancipation des femmes des années 70 et aux discours de contestation des années 80 et 90. Ses médias de prédilection sont l’image, la vidéo et le texte, qu’elle mixe dans des installations monumentales mettant en scène, non sans ironie, les stéréotypes de la société du mass média.

Elle exécute depuis 1981 des photomontages, le plus souvent limités à trois couleurs (le rouge, le noir et le blanc), qui sont autant d’images à la théâtralité stéréotypée, dénotant une atmosphère inquiète et violente et qui renvoient par le ton injonctif et le graphisme épuré quelque chose de l’Agit-Prop révolutionnaire, ou des montages photographiques antihitlériens de John Heartfield. Ses photomontages trouvent leur inscription sur de nombreux supports, affiches, tee-shirts, sacs en plastique…, comme autant de stratégies pour déplacer les langages publicitaires. Les œuvres exposées sont conçues sur le même principe : des photographies en noir et blanc, avec surimposition de texte, sont soulignées d’un cadre rouge. L’effet d’intimidation qu’elles produisent vise à saisir le spectateur, à lui faire ressentir la situation évoquée.


  • Joseph KOSUTH, Five Words in Green Neon, 1965, néon, 157.8 x 204.8 x 15.2 cm
  • Mario MERZ, Igloo di Giap, 1968, structure de métal en forme de demi-sphère sur laquelle sont fixés des treillages de métal ligaturés par des fils d’acier. L’armature est recouverte de petits sacs en plastique remplis de terre. Sur l’ensemble de cet igloo, en lettres capitales de néon, court la sentence du général Giap en italien : se il nemico si concentra perde terreno se si disperde perde forza (si l’ennemi se concentre il perd du terrain, s’il se disperse il perd sa force), 120 cm de haut, 200 cm de diamètre.
GENERAL IDEA, AIDS, 1989, sculpture inspirée de LOVE de Robert INDIANA – Photo de PJMixer – Flickr
  • Robert INDIANA, LOVE, 1970, acier Corten peint, 3,66 x 3,66 x 1,83 m, coin de la 6th Avenue et 55th Street, Manhattan, NY. Apparu sur une carte postale réalisée pour le Museum of Modern Art en 1965, LOVE est par la suite surtout repris sous forme de sculptures.
  • ON KAWARA, Date Paintings, série débutée à partir du 4 janvier 1966. Les Date Paintings figurent uniquement la date à laquelle la peinture a été exécutée, en simple lettrage sur fond uni. La date est toujours documentée dans la langue et les conventions grammaticales du pays dans lequel la peinture est exécutée.
  • Bruce NAUMAN, One Hundred Live And Die, 1984, installation, néons, 299,7 x 335,9 x 53,3 cm.
  • Richard BAQUIÉ, Le temps de rien, 1985, métaux de récupération, 310 x 320 x 55 cm. Message et support sont ici contradictoires : l’annonce est tragique, mais elle est montrée comme une enseigne, théâtralisée comme un message positif ; les lettres elles-mêmes sont découpées dans des plaques d’imprimeur et portent d’autres lettres comme un palimpseste.
  • Jochen GERZ, Monument contre le fascisme, 1986, colonne d’un mètre de large et de 12 m de haut recouverte de plomb invitant les passants à écrire sur sa surface avant que celle-ci ne s’enfonce dans le sol. Seule la partie supérieure est aujourd’hui visible.
Richard BAQUIÉ, Le Temps de rien, 1985

Tania MOURAUD, WYSIWYG, 1989

GENERAL IDEA, AIDS, 1989, installation

  • Tania MOURAUD, WYSIWYG (What You See Is What You Get), 1989, mur peint réalisé in situ, peinture acrylique noire satinée et peinture acrylique blanche, dimensions variables (hauteur minimum de la cimaise : 330 cm)
  • GENERAL IDEA, AIDS [SIDA], 1989, acrylique sur toile et sérigraphie sur papier peint, 244 x 244 cm (chacun des tableaux), installation, dimensions variables
  • Christian ROBERT-TISSOT, Écran total, 1998, acrylique sur bois, métal, 311 x 730 x 11 cm
  • Ján MANCUSKA, Oedipus, 2006, installation, lettrines en aluminium, fil de fer, hauteur des lettres : 3 cm, textes en anglais portant sur trois variations d’un épisode décrivant le rapport entre un personnage et sa mère, dimensions variables
  • Jean DAVIOT, Nowhere, Where, Now, 2011, intervention éphémère, mots géants écrits en lettres d’herbes, pelouse de Central Park, New-York, USA (projet)
  • Annette MESSAGER, Chance, 2011, filets et fils noirs, 140 x 200 cm.
  • Jaume PLENSA, Mirror, 2011, 2 sculptures en métal peint, 377 x 253 x 245 cm chacune, Campus of the Rice University, Houston, Texas, USA.

Questionnement(s) :

  • La représentation ; images, réalité et fiction : le dispositif de représentation – la conception, la production et la diffusion de l’œuvre plastique à l’ère du numérique.

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique, pour servir un projet de création.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

  • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
  • Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
  • Se repérer dans les étapes de la réalisation d’une production plastique et en anticiper les difficultés éventuelles.
  • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.
  • Confronter intention et réalisation dans la conduite d’un projet pour l’adapter et le réorienter, s’assurer de la dimension artistique de celui-ci.

S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5) :

  • Établir des liens entre son propre travail, les œuvres rencontrées ou les démarches observées.
  • Expliciter la pratique individuelle ou collective, écouter et accepter les avis divers et contradictoires.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Identifier des caractéristiques (plastiques, culturelles, sémantiques, symboliques) inscrivant une œuvre dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique.
  • Proposer et soutenir l’analyse et l’interprétation d’une œuvre.

D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine


_ Ben VAUTIER, Il faut se méfier des mots, 1993, installation, tableau noir géant, nacelle et deux facsimilés d’ouvriers, Place Fréhel, Paris