Les lignes de mon territoire

Une carte n’est pas le territoire.

Alfred KORZYBSKI (fondateur de la sémantique générale)

Comment rendre compte plastiquement de son itinéraire dans le territoire entre le domicile et l’établissement scolaire ? Votre réalisation en sera une possible réponse artistique.

Cartes routières, cartes abstraites, la carte est une saisie abstraite du réel, une reconstitution codifiée de l’espace, un espace conçu plus que vécu. Par votre réalisation, vous vous interrogerez sur la possible confusion entre ses souvenirs personnels, la réalité et la mémoire collective ; si l’on demande à plusieurs personnes de dessiner un lieu identique qu’elles connaissent, leur réalisation en dira moins sur le lieu que sur elles-mêmes. Qu’est-ce qu’une carte ? Est-ce forcément quelque chose qui renvoie à un référent réel ? Est-ce la même notion en art qu’en géographie ?

D’autre part, n’oubliez pas qu’Internet et les satellites ont modifié la vision du monde : espace et temps deviennent potentiellement des notions à interroger au regard des technologies.

Topos

Du grec τοπογραφία — topos : « lieu » et graphein : « dessiner ».
Étymologiquement, la topographie consiste à représenter graphiquement un lieu.

– Voilà une chose que nous avons apprise de votre pays, dit Mein Herr, faire des cartes. Mais nous en avons poussé l’art beaucoup plus loin que vous. À votre avis, quelle serait la plus grande échelle de carte utile ?
– Je dirais un centimètre pour un kilomètre.
– Seulement un centimètre ! s’exclama Mein Herr. Nous avons très vite atteint dix mètres pour un kilomètre. Puis nous avons tenté cent mètres pour un kilomètre. Puis vint l’idée grandiose ! Nous avons réellement fabriqué une carte du pays, à l’échelle d’un kilomètre pour un kilomètre !
– Vous vous en êtes beaucoup servie ? demandai-je.
– Elle n’a jamais été déroulée, dit Mein Herr ; les fermiers ont protesté : ils ont dit que ça couvrirait tout le pays et que ça cacherait le soleil ! Aussi utilisons-nous le pays lui-même comme sa propre carte, et je vous assure que ça marche aussi bien.

Lewis CARROLL, Sylvie et Bruno, 1893, texte traduit de l’anglais par Fanny Deleuze, Édition du Seuil, 1972
Marie-Pierre DUQUOC, chez l’un l’une l’autre_Schéma 4 : structure et développement, 64 x 45 cm, 01/2008

Références artistiques possibles

  • Piet MONDRIAN, New York Boogie Woogie, 1943, huile sur toile, 127 x127 cm, MoMA (détail en bandeau). Malgré l’abstraction radicale de ses tableaux, Mondrian a toujours gardé un intérêt très vif pour les structures urbaines et pour la musique et la danse modernes. Les rectangles asymétriques de Broadway Boogie-Woogie correspondent à la mélodie syncopée du boogie-woogie, les petites lignes brisées faisant écho aux cascades d’accords brisés de la base rythmique, mais on peut évidemment ajouter que le plan en damier de New York trouve aussi un écho chez un artiste pour qui le motif de la grille a toujours revêtu une grande importance.
  • Jasper JOHNS, Map, encaustique, huile et collage sur toile, 1961, MoMA
  • Mel BOCHNER, Measurement room, à partir de 1969, ruban adhésif noir et lettrage sur mur, dimensions variables
  • Alighero e BOETTI, Mappa, tissage, série initiée en 1971
  • Thomas HIRSCHHORN and Marcus STEINWEG, The Map of Friendship between Art and Philosophy, 2007, carton, papier, feuille de plastique, scotch transparent, feutre, impressions, stylo à bille, 240 x 400 cm
  • Marie-Pierre DUQUOC, Retour _ Passer par… (de la passeuse à la passante), 2008, gommettes, stylo à bille, correcteur, 128 x 90 cm. D’expériences vécues (une recherche d’emploi, un voyage dans un pays étranger), l’artiste cherche à en comprendre les enjeux et le fonctionnement en dressant des listes de mots qu’elle classe ou qu’elle range dans des tableaux, qu’elle relie par des flèches, rapprochant la cause à l’effet, le proche et le lointain, fonctionnant par analogies. Elle traduit graphiquement par des réseaux de fils nos relations avec le monde et les autres. Au bout de ces écheveaux de tracés, on peut trouver des mots rassurants comme peut l’être la toponymie d’une carte géographique (on ne connaît pas l’endroit, mais on connaît son nom). Utilisant toute la panoplie des pictogrammes et des graphiques intelligents, Marie-Pierre Duquoc empreinte à la réalité les outils de rationalisation du travail et des relations humaines. Pourtant, tout se mélange, les signes rivalisent d’hermétisme et le spectateur est finalement confronté à l’incompréhension d’un système dans lequel il lui reste encore la possibilité de se laisser aller à la l’errance. Source CNDP, dossier enseignant cARTographie, 2012-2013
  • Collectif H5, Logorama, animation récompensée à Cannes en 2009 et aux Oscars en 2010. Ce film recrée une ville entièrement peuplée de marques.
  • Jean-Luc MOULÈNE, Fénautrigues, 2010, photographies
  • Didier BÉQUILLARD, Plans, 2012, crayon de couleurs
  • Alain BUBLEX, An American Landscape, 2018, projet, Spectateur assidu du célèbre film First Blood – le 1er opus de la série des Rambo – Alain Bublex y voit la mise en scène de deux héros qui symbolisent l’Amérique : Rambo lui-même et le paysage en arrière-plan. Afin de vérifier cette intuition, il décide de redessiner tous les plans du film en les vidant de l’action qui s’y déroule, pour ne conserver que les paysages, les mouvements de caméra, le montage. On découvre un film d’animation composé de travelings poétiques, mélancoliques et pictorialistes à l’esthétique définitivement bublexienne, rappelant de manière surprenante l’histoire de la peinture américaine.

#cartementale #ideation #mindmap

Au début des années 70, Tony Buzan, un psychologue britannique, à la suite de ses recherches sur l’apprentissage et le cerveau humain, crée une méthode d’organisation des idées : le schéma heuristique, encore appelé mind map ou carte mentale. Cette carte est un graphique représentant des idées, des tâches, des mots clés, des concepts liés entre eux autour d’un sujet central. Il s’agit d’une représentation non linéaire permettant d’organiser ses idées de façon plus intuitive autour d’un thème d’étude.

La carte mentale permet de :

  • faire simultanément travailler l’imagination et la logique,
  • comprendre plus rapidement une situation, de clarifier un problème complexe,
  • établir des liens entre des idées,
  • capter promptement des informations par l’ajout de couleurs, de visuels,
  • mémoriser et de restituer l’information,
  • travailler en équipe à l’aide d’un support compris par tous.

La carte est en constante évolution. Sa structure peut à chaque instant être réaménagée et/ou enrichie de nouvelles idées qui viennent constamment à l’esprit.


Questionnement(s) :

  • La représentation ; images, réalité et fiction : la ressemblance – le dispositif de représentation – la narration visuelle.
  • L’œuvre, l’espace, l’auteur, le spectateur : l’expérience sensible de l’espace de l’œuvre.

Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

  • Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu.
  • Explorer l’ensemble des champs de la pratique plastique et leurs hybridations, notamment avec les pratiques numériques.
  • Prendre en compte les conditions de la réception de sa production dès la démarche de création, en prêtant attention aux modalités de sa présentation, y compris numérique.

Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

  • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

  • Proposer et soutenir l’analyse et l’interprétation d’une œuvre.

D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine