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Olympe Aguado, Autoportrait dans l’atelier à Paris, 1853-1857, tirage sur papier albuminé,
Paris Bibliothèque Natiinale de France

Étienne Souriau dans son Vocabulaire d’esthétique propose une définition très complète :

« Au sens général, représentation d’une personne ; mais la définition du portrait comme concept esthétique appelle quelques précisions.
Dans les arts plastiques, on n’emploie pas le terme de portrait pour la sculpture, et pourtant la chose y existe, mais on dit tête, buste ou statue ; portrait se dit pour une œuvre en deux dimensions, peinture ou dessin. Le portrait est donc déjà une interprétation et transcription, donc choix, pour rendre l’apparence extérieure d’une personne, quel que soit le degré de réalisme. Bien qu’uniquement visuel, le portrait peut rendre très sensible la personnalité intérieure du modèle, par de nombreux indices tels que la pose, l’expression de la physionomie, etc.
Définition du portrait, Étienne SOURIAU, Vocabulaire d’esthétique, Paris : P.U.F., 1990, pp.1161-1162.

En vous interrogeant sur le regard que l’on porte aujourd’hui au portrait (: notamment aux selfies, aux publications sur les réseaux sociaux), vous réaliserez un portrait photographique singulier, car paradoxal : un portrait caché. À l’oral, vous aurez à répondre aux questions suivantes : en quoi est-ce encore un portrait ? Qu’apportent à votre travail la partie cachée, l’effacement ou la disparition du sujet photographié ?

  • Portrait : L’ancien français a forgé le terme de portrait à partir de pour (préfixe à valeur intensive) et de traire (tirer) dans le sens de dessiner. Cette remarque étymologique indique le lien qui existe entre le désir de fixer les traits d’une personne et la production des images.
  • Trait : Marque caractéristique distinctive ; élément qui permet de reconnaître, d’identifier. Les traits : ensemble des lignes caractéristiques du visage de quelqu’un.
  • Caché : Qu’on ne voit pas à cause d’un obstacle. Difficile à connaître.
  • Paradoxal : Dont les caractéristiques s’opposent. Contradictoire.

Objectifs d’apprentissage :

  • Questionner la réalité de l’image.
  • Aborder les codes, les conventions, les normes, la nature, les fonctions ou finalités d’une image.
  • Développer un regard critique sur une pratique photographique normalisée et banalisée.

Références artistiques possibles :


Planche extraite du Mécanisme de la physionomie humaine ou analyse électrophysiologie de l’expression des passions (1862) du Docteur G.B. Duchenne, photographie d’A.Tournachon.
Portrait de la Comtesse Castiglione de Pierre-Louis Pierson, atelier Mayer et Pierson, 1860.


The Photojournalist (1951) et Portrait of a woman wearing a scuba diving mask (1955) d’Andreas Fininger


Like Every Day de Shadi Ghadirian, 2000-2001
Fiche PDF présentant la démarche de Shadi Ghadirian

Liu Bolin, Hiding in the City 110, Puffed Food, 2013 63 x 80 cm

« J’ai décidé de me fondre dans l’environnement. Certains diront que je disparais dans le paysage ; je dirais pour ma part que c’est l’environnement qui s’empare de moi ».
Liu Bolin



Oliver Jeffers, Dipped Paintings, 2015, Oil on canvas dipped in enamel, 42 x 38 cm


John STEZAKER, Mask XIV, 2006

Mask XIV est un collage créé en superposant une carte postale sur une photographie en noir et blanc. La photographie est un portrait publicitaire d’un acteur non identifiable réalisé dans les années 1940 ou 1950. La carte postale est une image couleur montée sur le visage de l’acteur. Elle montre une caverne rocheuse dans laquelle une piste sablonneuse se courbe autour d’un pilier central.
Stezaker a positionné la carte sur le visage de l’acteur afin que la silhouette sombre des ouvertures rocheuses et la courbure de la caverne s’alignent avec les contours du visage de l’acteur provoquant une lecture anthropomorphique de l’image de la carte postale : les deux ouvertures de la lumière suggèrent des yeux séparés par la colonne centrale rocheuse qui recouvre le visage de l’acteur dans la position de son nez.

Lancée vers 1980, la série de collages de masques fut élaborée à partir des collages de photographies de plateau. Les collages suivent tous un format similaire et trompeusement simple : un portrait promotionnel d’une étoile dont le visage est recouvert d’une carte postale – ostensiblement un masque – qui ouvre une fenêtre sur un autre espace. Initialement, les cartes postales étaient des images de ponts et de grottes qui, dans certains cas, réunissaient deux protagonistes ou plus. Au fil des ans, Stezaker a élargi sa gamme d’images pour inclure des tunnels, des cavernes, des formations rocheuses telles que stalactites et stalagmites, voies ferrées, ruines et monuments historiques, des clairières et des chemins ruisseaux, cascades, les lacs et la mer.

Source : https://www.tate.org.uk/art/artworks/stezaker-mask-xiv-t12347


  • Questionnements :
    La représentation ; images, réalité et fiction : la ressemblance – la création, la matérialité, le statut, la signification des images.
  • Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :
    S’approprier des questions artistiques en prenant appui sur une pratique artistique et réflexive.
  • Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :
    Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.
  • S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité (D1, D3, D5) :
    Établir des liens entre son propre travail, les œuvres rencontrées ou les démarches observées.

D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine